Rencontre avec Jean-Michel BOURDEAU, l’ex-responsable de la catégorie seniors d’Angers SCA. Fraîchement débarqué depuis quelques jours du club angevin, il débutera par nous faire le bilan de son expérience au SCA. Ensuite, il évoquera l’ambiance malsaine au sein du vestiaire, des conflits et du chantage en interne, du manque de respect et de franchises, qui ne font pas partie de ses valeurs humaines. Meurtri par la situation, il nous en expliquera les détails sans détour. Pourtant, durant son passage, il n’aura pas ménagé ses efforts dans la communication et la valorisation positive du club. Il se dit prêt à repartir dans un nouveau challenge, mais uniquement dans certaines conditions. Pour terminer, une grosse remise en question de la part de tout un club devra être réalisée, avec certainement un gros ménage à faire, si le club angevin veut se donner les moyens de rebondir et repartir sur des bases beaucoup plus saines qu’actuellement, où un climat négatif règne depuis un certain temps…

Bonjour Jean-Michel, pouvez-vous, nous faire le bilan de votre expérience au sein du club d’Angers SCA ?

“Mon bilan au sein du club d’Angers SCA va être négatif, je ne vais pas le cacher. J’arrivais avec plein d’espoirs et plein d’envies pour le club. Ce dernier sortait de périodes difficiles et il semblait avoir envie de rebondir et de repartir de l’avant. Malheureusement, le covid-19, lors de mes deux premières saisons, ne m’a pas aidé dans ma mission qui était de faire remonter le club au niveau Régional. Entre l’arrêt de la saison au mois d’octobre, il y a deux ans, et le flou sur celle de l’an dernier, j’ai vu mon emprise sur le groupe diminuer. Je suis aussi fautif de cela, car dans ce contexte délicat, j’ai voulu relâcher la pression sur mon groupe et cela fait partie des raisons de ma situation d’aujourd’hui.”

Quelle était l’ambiance au sein du vestiaire ?

“Au niveau de l’ambiance, j’ai trouvé un groupe avec une grosse cohésion, mais malheureusement, plus forte en dehors que sur le terrain. Car oui, pour moi, être soudé lorsque l’on gagne, c’est facile, mais se dire les choses en face (même quand c’est négatif) sur le terrain, avec les bons mots et avec respect, lorsque l’équipe est dans le dur, cela est plus important à mes yeux. Du côté de la gestion du club, le SCA est en plein tournant et mes soutiens à mon arrivée, ne sont soit plus présents, soit ont leurs paroles qui ne pèsent malheureusement plus trop au sein du club.”

Après une saison dernière décevante et peu au niveau de ce que tu pouvais l’espérer la saison dernière, avec déjà des conflits, pourquoi avoir choisi de continuer une saison de plus, alors que tu avais d’autres propositions plus intéressantes ailleurs ?

“Malgré une saison en dents de scie l’an dernier, avec en effet déjà des critiques et des conflits, j’avais, malgré de très belles propositions très intéressantes et valorisantes, pris la décision de rester au club à la demande du président du club. Je pensais ne pas avoir fait le tour et surtout, j’étais persuadé être encore capable de répondre aux objectifs du club et faire en sorte de faire progresser cette équipe en la renforçant et en changeant les mentalités.”

Parlez-nous du tournant que souhaitait prendre le club en début de saison ?

“Le tournant pris cet été, à travers le projet du club me paraissait un peu trop utopique, mais réalisable. Cependant, à ce jour, je découvre des choses qui me mettent sur le cul comme on dit. Apprendre que des personnes ne voulaient plus de moi dans le projet, mais que ces personnes ne te l’ont pas dit ouvertement et qu’ils ont fait en sorte d’avoir ta peau au bout de trois mois, je peux vous dire que j’en suis un peu déçu. Je suis un grand garçon, j’apprends de mes erreurs et de mes expériences, j’apprendrais encore de celle-ci, mais si des personnes, qui vont prendre de l’importance dans un club et donc le pouvoir de décision dans le futur, ne veulent pas de toi dès le départ, qu’ils me le disent et je vais voir ailleurs. Pas besoin de faire perdre du temps à tout le monde.”

Que vouliez-vous mettre en place cette saison, en matière de discours, de dynamique et de méthode de travail ?

“Cette saison, avec le projet de jeu du club et surtout l’ambition, nous avions affirmé haut et fort que nous jouerions la montée en championnat Départemental 1. Pour cela, dès la reprise, avec Axel DELAUNAY, notre préparateur physique, nous avions fait en sorte que nos gars soient le plus prêt physiquement possible, dès le départ et surtout prêt à reproduire les efforts du premier match officiel jusqu’au terme de la saison.”

Parlez-nous de vos valeurs, mais aussi celles de vos joueurs ?

“Je voulais inculquer à ce groupe seniors, les valeurs que j’ai toujours connues en région parisienne, qui sont plus fortes qu’une simple passion pour ce sport. Les gens sont investis, combatifs, mordus et le foot est presque une nécessité. Mon but était que mon groupe seniors ait faim de victoires à tout prix, que ce soit un match de coupe, de championnat, amical ou même d’entraînement. Malheureusement, j’ai échoué dans cette tâche. Ici, mais peut-être pas qu’au SCA, les joueurs sont capables de perdre (4-0) le dimanche après-midi et faire la fête ensemble le dimanche soir. Cela me met hors de moi. Ils sont aussi capables de te trouver le meilleur entraîneur, suite à une qualification en coupe de France contre Mulsanne-Téloché (R1) et trois semaines après, te faire passer pour le pire entraîneur qu’ils aient connu…”

Il faut savoir apprendre la patience ?

“Mettre un projet de jeu dans un club est long, cela passe avant tout par l’école de foot jusqu’à la catégorie seniors. En championnat Départemental 2 seniors, c’est le plus efficace et le plus conquérant qui gagne, quasiment jamais le plus beau à voir jouer. Ce n’est pas le niveau régional, tu n’as pas le temps de jouer aussi facilement, voilà pourquoi, en coupe, les équipes de régionales se font surprendre contre des petites équipes du championnat de District. Mais tant qu’au SCA, on n’aura pas compris cela, le club restera au même niveau.”

Quel constat pouvez-vous faire ?

“Le club en est là aujourd’hui en partie aussi à cause des joueurs. Je prends la responsabilité totale de mon échec, car j’aurais dû rester sur mes principes et écarter les joueurs à la carte comme je les appelle. Ceux qui viennent quand ils veulent, mais surtout uniquement jouer avec les copains et s’offrir quelques bières à la fin. Oui, tu peux faire comme cela, mais avant, tu t’arraches sur le terrain, tu donnes tout, en équipe, en respectant les consignes données par l’entraîneur. Que tu sois éducateur diplômé, dirigeant du club ou dans une autre fonction au club, tu es sur le terrain en tant que joueur, tu fais ce que le coach te demande. Si tu ne le fais pas, tu ne peux pas dire après que tout est la faute du coach. Après le match, tu peux reprendre ton autre casquette et en parler. Mais au SCA, tout le monde mélange tout et le manque de franchise amène ses situations de tensions et d’échec. Et je ne suis pas le seul à avoir échoué ici.”

Parlez-nous du début de saison, où le parcours en coupe avait plutôt bien débuté, en parallèle de résultats en championnat décevants…?

“La coupe de France a été l’arbre qui a caché la forêt. Nous sortions de matchs de préparation avec des victoires et nous avons eu trois tours assez simples contre des équipes soient inférieures hiérarchiquement et physiquement, ou soit pas encore prête comme l’AS Andouillé (R3) et pas habituées au terrain synthétique. Le réel exploit a été contre Mulsanne-Téloché, mais que dire de ce match ? Nous avons eu quatre occasions et nous en avons mis trois au fond. De leur côté, s’ils mettent la moitié des leurs, en première mi-temps, nous perdons le match et il n’y aurait rien eu à dire.”

Et concernant le championnat ?

“Nos adversaires en championnat, à l’image du match à l’Olympique Bécon-Villemoisan-Saint-Augustin, il y a quinze jours, ont eu plus de réalisme que nous et chaque erreur a été payée cash comme sur les deux buts pris, dimanche dernier, en coupe des Pays de la Loire. Je suis responsable de la façon dont joue mon équipe, donc je suis fautif sur les défaites en championnat, mais allez apprendre à voler à un humain. Faites-moi signe quand vous y êtes parvenu… J’ai donc décidé de changer de cap et de mettre mon équipe en mode District quand il aurait fallu le faire.”

Justement, quel était votre objectif à la suite de vos constatations ?

“Mon objectif était de baser mes futures convocations sur les joueurs qui s’entraînent et ceux qui s’engagent à 100% dans les séances et les matchs, ainsi que dans la confiance qu’il donne à leur entraîneur. Résultat, cela m’a valu la fronde d’une partie du vestiaire et donc une convocation à une réunion (que j’appellerais plutôt un procès).”

Parlez-vous de cette fameuse réunion et des personnes présentes… ?

“La réunion a réuni cinq joueurs titulaires de l’équipe première, un joueur entre l’équipe A et l’équipe B, un joueur de l’équipe B, le secrétaire du club, le président, mon ex-adjoint de l’an dernier et moi-même. Ce fut un moment très difficile, où face à toi, tu as des personnes qui t’ont encensé et remercié trois semaines avant, suite au cinquième tour de la coupe de France, ton capitaine et responsable technique du club, des joueurs que tu as soutenus et confirmé, malgré leur méforme actuelle, et qu’au final, tous te reprochent le début de saison, dans les choix, les séances, les causeries, le plan de jeu et les compositions, où en fait, tout est à jeter.”

Comment expliquez-vous ce revirement de situation, aussi soudain ?

“Justement, je me pose certaines questions… Pourquoi me faire de tels reproches que maintenant, alors que pour certains, on travaille ensemble depuis deux ans et demi ? Pourquoi me dire que je ne pourrais jamais avoir mes quatorze joueurs aux deux séances d’entraînement, la semaine, car on est en championnat de Départemental 2 ? Pourquoi me dire qu’ils ne savent pas où ils vont avec moi depuis le début, alors que je leur avais ouvert le discours, mais que personne ne disait rien ? Alors pile au moment où je vais dans leur sens, mettre plus de rigueur, demander plus d’investissement, moins être dans le dialogue et me débarrasser des parasites, ils décident qu’il faut changer de coach. Le pire, c’est que certains joueurs ont même mis dans la balance leur propre continuité dans l’équipe.”

Quelle décision avez-vous demandée au club ?

“C’est très simple, j’ai demandé au club de prendre une décision. De mon côté, j’étais prêt à relever le défi de me passer de ses beaux parleurs et donneurs de leçons. J’ai demandé si le bureau (en place pour peut-être plus très longtemps) souhaitait soit m’écarter, soit me conforter dans mon poste. J’ai déjà vécu une situation où l’on m’a fait un petit dans le dos dans mon ancien club (Foyer Espérance de Trélazé), sans y être préparé et sans le voir venir… Cette fois-ci, j’étais prêt et au fur et à mesure, je le sentais. J’étais donc prêt à affronter la situation. Le club en a jugé autrement et je respecte son choix.”

Qui va reprendre le groupe seniors ?

“Je souhaite bon courage à Benjamin DELAUNAY pour la reprise de l’équipe, j’espère qu’il réussira à faire adhérer ses copains à son ambition et qu’il réussira à s’entourer des bonnes personnes pour faire les bons choix d’équipe et surtout que son capitaine sera capable de lui dire les choses franchement et ne pas attendre que la situation dérape comme lui a pu le faire, à mon encontre…”

Comment expliquez-vous le fait que certains joueurs ont demandé votre départ, en mettant dans la balance, les leurs…, surtout de la part de certains salariés du club ou futurs membres du bureau… ?

“Etre capitaine d’une équipe, responsable technique d’un club, même si l’on est très copain avec certains, il faut savoir rester à sa place et surtout savoir quelle casquette on utilise et quand. Etre auprès de ceux qui me font mon procès, alors que nous n’avons jamais eu un seul échange depuis le début de la saison en tant que capitaine/entraîneur, et encore moins en tant que responsable technique – entraîneur alors qu’il y avait apparemment des choses qui ne convenaient pas au vestiaire tout comme à son avis de responsable technique, je trouve cela dommageable et un manque de respect et de sincérité.”

Certains n’ont pas, à priori, une attitude exemplaire ?

“J’ai le sentiment aussi que certains joueurs (mécontents ou dans le doute) ont délibérément laissé la situation dégénérer plutôt que d’essayer de rectifier ensemble ce qui n’allait pas. Venir voir un coach pour demander de ne pas sélectionner un joueur n’est pas la bonne manière. J’attendais plutôt qu’ils viennent me parler de plan de jeu ou de tactique. Alors quand tout ce petit monde est en plus sous le charme d’une personne qui vend du rêve en imposant une façon stricte de se comporter et qui ne se l’applique déjà pas à lui-même, qui en plus n’est pas irréprochable sur et en dehors des terrains, rien ne peut marcher…”

A-vous un goût d’inachevé par rapport au dénouement final ?

“Oui, j’ai un énorme goût d’inachevé, je vous l’avoue. Malgré tout, je garderais toujours mes valeurs et je ferais ce que je sais faire et pas autre chose même si, je vais encore une fois, me servir de cela comme une expérience supplémentaire dans mon parcours de coach comme je l’ai toujours fait.”

Que retiendrez-vous de vos saisons au club d’Angers SCA ?

“Je retiendrais quand même ce beau parcours en coupe de France et les très belles rencontres (joueurs, éducateurs, parents, dirigeants) que j’ai faites au SCA. Je suivrais avec attention les futurs résultats du club et malgré tout, je serais heureux que mon départ serve à quelque chose et que mon successeur réussisse là où bien des entraîneurs et moi-même avons échoué, ces dernières saisons.”

Comment expliquez-vous le fait que de ce soient des joueurs qui décident de l’avenir d’un entraîneur ?

“Vous savez, dans le football, c’est comme cela. Lorsqu’une équipe gagne, c’est 80% grâce aux joueurs et 20% grâce au coach. En cas de défaites, on inverse les pourcentages. Et quoi qu’il arrive, sur le terrain, ce n’est pas le coach qui joue, mais ce sont les joueurs et nous n’avons pas de manettes en main pour les diriger comme on le veut. Deux solutions s’offrent à nous, mettre les joueurs qui ne vous trahiront jamais et qui vous respecteront quoi qu’il arrive en vous suivant les yeux fermés (ce que j’ai eu dans les clubs où j’ai réussi), soit se débarrasser des nuisibles (les vrais et pas ceux que certains n’aiment pas) et avancer qu’avec ceux qui veulent progresser.”

Justement, pensez-vous avoir fait une erreur sur ces points ?

“Mon erreur a été de ne pas appliquer la seconde solution et je m’en excuse auprès de certains joueurs. Pour une direction, il est souvent plus facile de se débarrasser d’un entraîneur plutôt que de choisir de mettre dehors cinq ou six joueurs, dont votre employé (coordinateur technique), deux membres du futur bureau et deux éducateurs de jeunes. Comme quoi, même entre éducateurs, il n’y a pas de solidarité (pour certains, je précise).”

Avez-vous un mot à dire aux joueurs, ainsi qu’aux membres du bureau, dans leurs attitudes envers vous ?

“Je souhaite sincèrement le meilleur au club d’Angers SCA, je n’en veux pas aux membres du bureau actuel, car je sais dans quelle situation délicate ils sont… La décision a été très dure à prendre pour eux, mais s’ils pensent que c’est la meilleure pour le club, ils ont bien fait. Les joueurs, ceux qui m’ont soutenu et ceux qui ont toujours été francs, même quand c’était du négatif, je les remercie très sincèrement. Les autres, je n’ai rien à leur dire, car tout ce que j’ai pu dire, je l’ai toujours dit en face en essayant d’ouvrir le dialogue.
On ne peut pas aimer tout le monde, ni être aimé de tous, mais le respect envers l’autre doit être constant, on fait un sport, pas de la politique. Lorsque l’on est amené à travailler ensemble, on doit le faire, même si on ne s’aime pas. De toute façon, un jour, on paie la méchanceté que l’on fait aux autres.”

Est-ce que votre contrat s’arrête avec effet immédiat ou à la trêve ?

“Oui, mon contrat s’arrête avec un effet immédiat, je suis donc à nouveau sur le marché (rire). Mais attention, j’y réfléchirais à deux fois avant de prendre un nouveau challenge. J’ai toutefois, pour ne pas mettre Franck KOESSA (responsable de l’école de foot) dans la difficulté, proposé de rester à l’aider sur les U9 et sur les U13 filles jusqu’à la trêve de Noël. Ensuite, j’arrêterais toutes mes fonctions au club, sauf si mes enfants (U9 gars et U13F) décident de rester au club et à ce moment-là, je serais présent les samedis avec eux, mais sans fonctions officielles, si ce n’est d’être papa accompagnateur.”

Souhaitez-vous prendre un peu de recul, ou êtes-vous ouvert à un nouveau challenge dans un nouveau club, dans les prochaines semaines ?

“Je vous ai déjà répondu (rire). Je suis ouvert à toute proposition, que ce soit tout de suite ou dans quelques semaines ou quelques mois. Si rien ne se présente, je resterais tranquillement un supporter de mes enfants et je passerais un peu plus de temps avec ma famille les week-ends.”

Avez-vous un dernier mot, pour conclure ?

“Je remercie en tout cas PassionSports49 pour votre bienveillance envers moi depuis toutes ses années. Je vous remercie pour la communication que je vous envoyais du SCA, que vous avez relayé sans jamais changer mes propos. Je vous remercie d’avoir contribué aussi, à votre façon, au fait que l’on reparle du club du SCA, lors de ces deux dernières saisons. Je remercie aussi toutes les personnes du club qui ont toujours été sincères et bienveillantes envers moi. Également, un merci à mes adjoints lors de mon passage au SCA, mes dirigeants et mes arbitres de touche. Je n’oublie pas les éducateurs du club de mes enfants lorsque je suis arrivé, jusqu’au pôle gardiens de but et loisirs. Je ne donnerais pas de noms, car ils et elles sont nombreux et nombreuses et je ne voudrais pas en oublier. Merci à tous les joueurs qui m’ont respecté et je leur souhaite plein de bonnes choses pour la suite. Allez le SCA !”

 

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