Partis hier en début d’après-midi de Saint-Malo pour 3 542 milles à destination de Pointe-à-Pitre, les 138 marins de la 12e édition de La Route du Rhum – Destination Guadeloupe ont connu une première nuit active.  D’une part, parce qu’il a fallu jouer au mieux avec la rotation du vent vers le sud-ouest et l’alternance du flux et du reflux du courant. D’autre part, parce qu’une première grande décision stratégique doit maintenant être prise afin d’aborder au mieux le golfe de Gascogne. Au choix : une trajectoire nord, rapide sur le papier mais très engagée, une route sud, plus maniable mais avec le vent dans le nez, ou une voie médiane, au plus près de la route directe, avec toutefois le risque de se faire piéger une grande zone de molle à l’arrière d’un premier front.

Après s’être élancés, comme prévu, à 14h15 ce mercredi 9 novembre, au large de la pointe du Grouin, propulsés par un flux de secteur ouest sud-ouest soufflant entre 15 et 18 nœuds, les solitaires de La Route du Rhum – Destination Guadeloupe ont d’abord rejoint le cap Frehél en tirant des bords avant de mettre le cap sur la pointe Bretagne et d’exploiter au mieux les petites bascules du vent ainsi que les courants. « Le jeu de la régate côtière a battu son plein cette nuit. Il a fallu jouer entre les cailloux. Certains ont tenté de naviguer à l’intérieur des Sept Iles mais a priori, ce n’était pas une bonne idée. D’emblée cela a généré quelques écarts. Dans tous les cas, comme on s’y attendait, on a tous peu dormi car on a été bien occupés », a commenté Corentin Douguet (Quéguiner – Innovéo), l’actuel leader au classement des Class40 qui a su affiner au mieux sa trajectoire mais qui reste encore dubitatif quant à la manière dont il va aborder la suite ce matin. Extérieur Ouessant, Fromveur ou Four ? Telle est (ou était) la question du jour pour la grande majorité de la flotte, exception faite de Louis Duc (Fives – Lantana environnement), seul concurrent, pour l’heure, à avoir opté pour un passage au nord du dispositif de séparation de trafic d’Ouessant.

Tous au sud du DST d’Ouessant, sauf un.

« Je préfère rester plus rapide plutôt que de tirer des bords sous le DST. Je monte un peu au nord mais je n’ai pas l’intention d’être extrême non plus en allant me mettre dans la cartouche. Mon but est de rester sur une trajectoire raisonnable », a commenté lors de la vacation matinale le skipper de l’IMOCA Fives – Lantana Environnement qui n’a donc pas prévu de sortir ni le piolet ni les crampons, ce qu’imposerait manifestement la route nord. Une route, certes plutôt rapide sur le papier, mais très engagée dans la réalité, avec des vents copieux et une mer chaotique à l’avant d’un front circulant entre les Açores et l’Irlande. « C’est clairement une route de jeu vidéo. Y aller, reviendrait à faire ce que l’on a voulu éviter en décalant le départ. Ce serait assez absurde », note Yann Eliès, de la cellule de routage et de performance d’Erwan Le Roux (Keosio). Ce dernier s’est emparé des commandes de la course dans la classe des Ocean Fifty, tôt ce matin, après avoir choisi de passer à l’extérieur d’Ouessant quand la majorité de ses adversaires ont, eux, préféré emprunté le chenal du Four, entre l’archipel de Molène et la pointe Saint-Mathieu. Une option également prise en milieu de nuit par les Ultim 32/23 qui évoluent désormais au plus près de l’orthodromie, toujours emmenés par Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild). Le skipper devra toutefois effectuer la pénalité de quatre heures dont il a écopé à la suite de son départ prématuré dans un délai de moins de 48 heures, chose qu’à cette heure ont déjà faite dix des seize skippers sanctionnés par le comité de course, à l’image de Yoann Richomme (Paprec – Arkea), le tenant du titre chez les Class40 qui paie cher sa réparation et pointe actuellement en 51e position, à près de 20 milles du leader.

Plusieurs solutions à un même problème.

Pas de conclusion à tirer toutefois à ce stade de la course. Le jeu ne fait que commencer. D’ailleurs, c’est maintenant que le golfe de Gascogne s’ouvre devant les étraves et que les grandes manœuvres stratégiques commencent. On l’a compris, la grande majorité des solitaires semblent opter pour des routes ouest, avec plus ou moins de sud dans leurs trajectoires. « Les routages les plus performants font passer au nord de la route directe mais pour aller vite, il ne faut pas trop de mer et des conditions maniables. Le but est d’être le plus efficace possible et de se positionner au mieux en vue des deux passages de fronts à venir », a relaté Quentin Vlamynck (Arkema), à la bagarre aux avant-postes chez les Ocean Fifty. Comme les autres, il le sait, tout sera une nouvelle fois une histoire de compromis, avec d’un côté plus de vent et de mer puis de l’autre un peu moins de tout ça mais, à la clé, des vitesses de progression moins élevées. « Pour l’instant, ce n’est pas encore très clair. Disons, pour résumer, qu’il y a pas mal de solutions possibles pour répondre au même problème », a commenté Corentin Douguet. A retenir par ailleurs : à cette heure, douze concurrents sont en escale à terre parmi lesquels Romain Pilliard, le skipper de Use It Again! by Extia qui vient d’arriver à Roscoff, pour estimer les dégâts générés sur son trimaran à la suite de sa collision, la nuit dernière, avec une bouée métallique au large de Bréhat.

 

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