À l’arrivée, il n’y a qu’une seule gagnante. La course a opposé quelque 150 athlètes. La victoire n’a été possible que grâce à l’appui essentiel des coéquipières qui sacrifient leurs ambitions personnelles pour une championne supérieure. Mais le Tour de France Femmes avec Zwift ne consacre qu’une reine en jaune : Annemiek van Vleuten en 2022, puis Demi Vollering, Kasia Niewiadoma Phinney, et enfin Pauline Ferrand-Prévot à l’été 2025. Chacune sait ce qu’elle doit à ses partenaires, tout particulièrement aux lieutenantes qui les accompagnent le plus loin vers les sommets. Avant de consacrer une nouvelle vainqueure dimanche 9 août à Nice, le site officiel du Tour donne la parole à ces secondes dames d’exception, qui racontent leurs rôles auprès de « PFP », Kasia ou Demi, et dessinent un autre portrait des prétendantes au Maillot Jaune.
Mischa Bredewold : « L’énergie d’Anna van der Breggen est incroyablement apaisante. »
Elle sait tout faire, et excelle dans plusieurs domaines. Chaque fois qu’une grande course exigeante connaît un temps faible, on la voit remonter en tête du peloton, soit pour lancer une offensive, soit pour contrôler la course au profit d’une coéquipière. Bien qu’elle ait remporté pas moins de 19 victoires depuis son arrivée au sein de l’équipe SD Worx-Protime en 2023, parmi lesquelles un titre de championne d’Europe, une étape de grand tour et un grand classique, elle reste suffisamment généreuse et intelligente pour mettre la puissance de son remarquable moteur au service des ambitions de ses équipières.
Au fil des années, elle s’est imposée comme l’une des coureuses les plus précieuses et les plus utiles du peloton, capable de travailler aussi bien pour Lotte Kopecky que pour Lorena Wiebes, Demi Vollering ou Anna van der Breggen. Elle ne se considère pourtant pas comme une simple équipière, mais plutôt comme « une leader, et souvent une leader de rechange ». C’est d’ailleurs dans ce rôle qu’elle s’épanouit le plus : toutes ses qualités s’y expriment pleinement et son sens tactique fait d’elle un atout majeur pour une équipe comme SD Worx, habituée à disposer de plusieurs cartes à jouer dans chaque course depuis qu’elle s’est installée au sommet du cyclisme féminin.
Ce que l’on ressent en gagnant le Tour : « nous étions toutes en larmes. »
Mischa Bredewold a terminé deuxième meilleure jeune lors de la première édition du Tour de France Femmes avec Zwift. Un an plus tard, elle faisait partie de la constellation de stars de SD Worx qui a dominé l’épreuve, remportant quatre étapes avec quatre coureuses différentes (Lorena Wiebes, Lotte Kopecky, Demi Vollering et Marlen Reusser), tout en plaçant deux d’entre elles (Vollering 1re, Kopecky 2e) aux deux premières places du classement général. « Le Tour de France 2023 a été vraiment exceptionnel, se souvient Bredewold. Je n’oublierai jamais d’y avoir participé, car j’ai eu le sentiment que c’était une victoire de toute l’équipe. » Le succès s’est dessiné au col du Tourmalet, où Demi Vollering s’est emparée du Maillot Jaune sous une pluie battante. « C’était l’une des étapes les plus difficiles jamais disputées dans le cyclisme féminin, à cause des ascensions mais aussi des conditions météo. Après l’arrivée, nous avons dû redescendre jusqu’au bus de l’équipe, et je me souviens que nous étions toutes en larmes, à la fois de bonheur et d’épuisement. Épuisées parce que l’étape avait été incroyablement éprouvante, heureuses parce que tout s’était parfaitement déroulé pour Demi et Lotte. C’était une journée complètement folle, remplie d’émotions ! J’en souris encore aujourd’hui quand j’y repense… »
L’année suivante, le scénario fut tout autre. Demi Vollering s’imposa une nouvelle fois lors de l’arrivée au sommet, cette fois à l’Alpe d’Huez, mais échoua à une seule seconde de Kasia Niewiadoma au classement général, regrettant toujours le temps perdu lors de la cinquième étape après sa chute à six kilomètres de l’arrivée dans des circonstances chaotiques. « Nous avons perdu le Tour à cause de cette chute, regrette Bredewold. Ce n’est pas moi qui ai perdu, mais je l’ai vécu comme une défaite personnelle. Nous étions tellement investies pour aider Demi à remporter le Tour… »
Demi Vollering a quitté SD Worx à l’intersaison, mais Bredewold garde d’excellents souvenirs et une très haute estime de celle qui court aujourd’hui sous les couleurs de FDJ-United. « J’aimais travailler avec Demi. Nous avions une belle complicité. Elle a remporté énormément de courses pendant son passage dans l’équipe et rendait chaque épreuve particulière, parce qu’elle savait partager sa joie avec les autres et faire en sorte que tout le monde se sente pleinement intégré. »








