Après une première tentative qui s’était soldée par une deuxième place en 2025, Tadej Pogacar s’est montré injouable dans sa préparation à Paris-Roubaix Hauts-de-France, la seule classique de prestige qui manque à son palmarès. Bien que battu par le champion du monde samedi dernier sur le Tour des Flandres, Mathieu van der Poel garde son statut de maître absolu des pavés avec ses trois victoires sur le vélodrome André-Pétrieux. Un quatrième succès le ferait rentrer un peu plus dans l’histoire du cyclisme. Le duel attendu pourrait être arbitré par des champions depuis longtemps positionnés comme des candidats crédibles à la victoire : Mads Pedersen, Wout van Aert, Filippo Ganna, Jasper Stuyven ou Matej Mohoric, ont pourquoi pas les moyens de provoquer le destin et de surprendre les deux favoris.
Son appétit n’a pas de limites, son estomac est d’une solidité infaillible… et que dire de ses jambes ! Tadej Pogacar n’a pas perdu une course en ligne depuis le mois de septembre dernier, un jour où il a offert la victoire du Grand Prix de Montréal à son coéquipier Brandon McNulty. Depuis le début de l’année civile, il n’a couru (et gagné !) que trois courses, accrochant enfin à son palmarès Milan-Sanremo et portant après un énième numéro sur le Tour des Flandres son total de trophées monumentaux à 12. L’ogre slovène a ainsi dépassé Roger De Vlaeminck et n’a plus qu’Eddy Merckx comme devancier au classement des collectionneurs des classiques les plus prestigieuses (19 victoires). Mais il lui en manque une, la reine d’entre elles, qu’il a tenté de conquérir l’année dernière et où il a coincé à la 2e place. Concentré sur cet objectif majeur et propulsé par une forme aussi étincelante que son moral, « Pogi » s’avance vers l’un de ses plus grands défis, avec cette fois-ci une réelle connaissance du sujet. Ce qui ne le rend pas beaucoup plus aisé…
Car comme en 2025, c’est bien face à son grand rival des courses d’un jour que Pogacar est attendu sur les pavés de Roubaix. Certes, Mathieu van der Poel se présente pour la première fois sur Paris-Roubaix (exception faite de 2021 et un calendrier exceptionnel pour pandémie de Covid) sans avoir remporté l’un des deux premiers monuments de l’année. Mais à l’altitude où il navigue, son début de saison peut rendre jaloux à peu près tout le peloton professionnel : après son huitième titre de champion du monde de cyclo-cross, il a glané quatre succès sur les routes, dont le Omloop Nieuwsblad et le GP E3. Dans ce contexte, sa deuxième place sur le « Ronde », où il a été le dernier et le plus menaçant des opposants du champion du monde malgré les reliefs des monts des Flandres, ne peut pas être totalement regardée comme une réelle infériorité à l’horizon tout plat des chemins tortueux du Nord, qu’il maîtrise comme personne. MVDP invoque rarement les statistiques pour dynamiser sa motivation, mais une quatrième victoire le placerait au niveau des deux recordmen de victoires, Roger De Vlaeminck (1972-74-75-77) et Tom Boonen (2005-08-09-12). Un détail qui ne lui a probablement pas échappé.
Dans la course que Jacques Goddet, l’ancien patron du Tour de France et de L’Équipe, identifiait comme « la dernière folie du sport cycliste », la variété des scénarios invite à ne pas se limiter au duel le plus prévisible. D’autant plus que les outsiders invités au match du podium (et pourquoi pas mieux ?) n’ont pas démérité pendant les mois écoulés. Si Mads Pedersen n’a pas pu enclencher son habituelle razzia de début d’année en raison d’une double fracture (poignet + clavicule) le jour de sa rentrée en Espagne, son retour a été plus que concluant puisqu’il s’est hissé dans le Top 5 à Sanremo (4e) comme à Audenarde (5e). Il ne faudra donc pas ignorer la menace du Danois s’il y a une opportunité à saisir pour contrer les deux ogres. Ni celle de Wout van Aert, qui n’a pas vocation à camper le rôle de l’éternel malchanceux et a retrouvé son meilleur niveau (y compris sans victoire) sur la saison des classiques. C’est aussi le cas pour l’ultra-expérimenté Jasper Stuyven (5e du Ronde), désormais chez Soudal-Quick Step où il sera entouré de coéquipiers comme Tim Merlier et Dylan van Baarle, ou par exemple pour Filippo Ganna, dont le dernier numéro pour s’imposer sur À travers la Flandre a fait forte impression.








