Les deux catégories, qui font partie de l’ADN de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, évoluent. Objectif : favoriser les bateaux et les skippers qui ont fait l’histoire de la course. Et ça marche. Côté bateaux, quatre Orma, le seul IMOCA lauréat de deux Vendée Globe et de nombreux bateaux qui ont participé à écrire la légende de la course au large. Côté skippers, le public appréciera la participation d’un ancien vainqueur (Francis Joyon), de skippers de renom (Jean Le Cam, Damien Seguin, Éric Péron) mais aussi d’amateurs éclairés désireux de vivre un rêve.
Il faudra parfois se frotter les yeux pour y croire. Aux côtés des concentrés de technologies que sont les Ultims, les IMOCA, les Ocean Fifty et les Class40, des bateaux plus anciens, des légendes d’hier, des coques qui ont une histoire et qui ont fait vibrer tous les passionnés en leur temps. Les classes Vintage Multi et Mono sont tout sauf l’exaltation de la nostalgie. C’est l’histoire qui se conjugue à nouveau au présent, l’occasion de donner une nouvelle vie à des bateaux de légende et de faire vibrer tous les amoureux de la discipline.
Le changement de nom – de « Rhum Multi » et « Rhum Mono » à Vintage Multi et Vintage Mono – est donc tout sauf une évolution sémantique. Le directeur de course, Francis Le Goff, le résume à sa manière : « le principe initial de ces catégories, c’est de favoriser le retour des bateaux et des skippers qui ont contribué à écrire l’histoire de la Route du Rhum ». Une réalité et un esprit insufflés à la fois chez les multicoques et les monocoques par les skippers qui se sont engagés. « Ce qui est intéressant, c’est qu’on voit revenir des bateaux qui ont disputé voire gagné la Route du Rhum en leur temps ».
Vintage Multi, « des skippers et des bateaux de légende »
L’une des grandes curiosités de cette Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2026 sera forcément la présence de quatre Orma, ces multicoques de légende des années 1990 aux années 2000. Et à leur bord, des skippers de renom : le vainqueur de l’édition 2018, Francis Joyon (Pour les océans), Damien Seguin (Arkéa- Handicap International), Éric Péron (French Touch Oceans Club) et Gilles Lamiré (Groupe GCA). « Ce qui est intéressant, c’est que ça va diminuer l’espace-temps, précise Francis Le Goff. Les premiers pourraient arriver entre les Ultim et les Ocean Fifty ».
En somme, si les conditions ne sont pas trop virulentes, ils peuvent prétendre traverser l’Atlantique entre 8 et 10 jours. « Avec des skippers connus, des bateaux de légende, une course courte, ça va susciter un intérêt fort de la part du public et des médias ». Pourtant, le challenge n’est pas sans danger. « Nous savons qu’il s’agit de bateaux qui sont volages et les péripéties ont été nombreuses dans le passé, rappelle Francis Le Goff . Ça demandera une attention de chaque instant de la part des skippers mais aussi de la part de la direction de course ».
Au sein des Vintage Multi, il y a également deux autres grands noms de la course au large : Roland Jourdain (We Explore) et Marc Guillemot (Dazeilad). Les deux skippers sont engagés dans une démarche éco-responsable. « Bilou » disputera en effet la course avec son bateau conçu en fibre de lin alors que Marc Guillemot a récupéré plusieurs éléments d’autres bateaux (l’espar de l’IMOCA de Jean Le Cam, les dérives de Damien Seguin, les safrans d’un ancien bateau de Jérémie Beyou…). À noter également dans cette catégorie la présence de l’inaltérable Charlie Capelle (Acapella – Proludic – La Chaîne de l’Espoir, Vintage Multi). Doyen de cette édition, à 71 ans, il dispute en effet la course pour la 7e fois à bord d’un petit trimaran de 38 pieds (la taille minimum pour prendre le départ d’après l’avis de course). Il s’agit d’un bateau inspiré du premier vainqueur de la Route du Rhum, Mike Birch.
Vintage Mono. Des amateurs éclairés et de belles histoires
Là encore, la catégorie est fidèle à l’ADN de la Route du Rhum. « On retrouve beaucoup d’amateurs, des passionnés qui souhaitent disputer une course majeure en se frottant aux conditions difficiles de l’automne, décrypte Francis Le Goff. Et puis on compte aussi quelques bateaux de légende ». Parmi eux, il y a l’ex-Kriter VIII, le « Grand Cigare », pensé par Michel Malinovski et célèbre pour ses trois victoires consécutives à la Route du Rhum en 1982, 1986 et 1990. Wilfried Clerton, qui a participé aux deux dernières éditions, sera à la barre. De son côté, Hugo Lefort sera à bord du Cigare Rouge mis à l’eau en 1991 par Jean-Luc Van Den Heede et qui compte trois Vendée Globe (Catherine Chabaud, Joe Seeten, Karen Leibovici). L’architecte de profession, Christophe Bachmann compte également un bateau de renom, Grain de Sable. C’est l’ex-Adrien avec lequel Jean-Luc Van den Heede avait battu le tour du monde à l’envers, un monocoque qui avait été ensuite repris par Maud Fontenoy.
La Route du Rhum de Tanguy Caradec (Eurvad) sera suivie avec attention, lui qui s’inscrit ainsi dans les pas de son père, une légende de la course au large disparue tragiquement lors de l’édition 1986. Tanguy sera à la barre d’un cinquante pieds, tout comme Patrick Isoard (USHIP pour Enfants du Mékong) et Titouan Pilliard (Use it Again for youth). Ce dernier, fils de Romain également engagé en Vintage Multi, se lance un sacré challenge à seulement 20 ans. Quoi qu’il en soit, la bataille dans la catégorie s’annonce intense d’autant qu’il faudra aussi compter sur Jean Le Cam qui s’est attaché à rénover un Swan 59 pour l’occasion.
Kieran Le Borgne, qui avait disputé sa première Route du Rhum-Destination Guadeloupe il y a quatre ans en Class40, s’est également lancé dans un chantier de rénovation en récupérant un ancien IMOCA de légende. Il s’agit d’Aito, le seul bateau à avoir remporté deux Vendée Globe sous la bannière PRB avec Michel Desjoyeaux en 2000-2001 puis Vincent Riou en 2004-2005. « Kieran est précurseur à sa manière : on peut penser qu’à l’avenir, d’autres skippers auront envie de prendre la barre d’IMOCA de générations plus anciennes ». Ils contribueront ainsi, à l’instar des 26 skippers engagés en Vintage Mono et en Vintage Multi cette année, à participer à la vitalité d’une catégorie où l’on se plaît tant à donner une seconde vie à des bateaux de légende.








