Emmanuel BONNIER a frappé fort lors des Championnats de France du 100 km à Steenwerck (Nord) en prenant la cinquième place en 6 h 41 min 19 s, nouveau record du Maine-et-Loire à la clé. Une performance de haut niveau qui confirme les ambitions grandissantes du coureur angevin sur l’ultra – distance. Il revient sur sa course, sa gestion mentale et ses prochains grands objectifs.
Bonjour Emmanuel, quelles sont vos impressions, après ce premier 100 km aux Championnats de France ?
«J’ai très bien vécu la course. J’avais déjà de l’expérience sur des formats longs, notamment grâce à l’Ultra Trail d’Oléron que j’avais remporté l’an dernier, ou encore sur des 24 heures. Mais c’était mon premier vrai 100 km sur route. Je n’avais pas fait de préparation spécifique et je n’avais aucune idée de l’allure que je pourrais réellement tenir sur toute la distance. J’arrivais sur cette course après plusieurs échecs. Mon objectif était de rebondir et de repartir de l’avant.»
Vous avez battu le record du Maine-et-Loire du 100 km en 6 h 41 min 19 s en arrivant cinquième. Etes-vous satisfait de cette performance ?
«Oui, clairement. Le record départemental était dans un coin de ma tête. Il était fixé à un à 7h00’55 et je voulais passer sous cette barrière. Au départ, je suis parti un peu plus vite que prévu. Je m’étais donné une allure d’environ 15 km/h pour me laisser de la marge sans exploser. Finalement, je me suis senti de mieux en mieux au fil de la course. Nous étions deux à viser ce record avec le saumurois, Eric HERAULT. Il a plus d’expérience et je penserais qu’il arriverait le premier. Jusqu’au 70e kilomètre, il était devant moi. Puis je l’ai dépassé à un moment, où je me sentais encore très bien.»
Comment gérez-vous mentalement une course aussi longue ?
«Un 100 km ne me paraît pas forcément très long. À l’inverse, lors des championnats du monde des 24 heures en octobre 2025, nous devions enchaîner un maximum de boucles de 1,5 km. Ce n’est donc pas tant la distance qui me marque, mais plutôt l’incertitude autour de la capacité du corps à tenir jusqu’au bout. J’ai l’habitude de découper les courses en plusieurs étapes avec des points de repère précis. Cela m’aide à visualiser le parcours et à avancer progressivement. Au départ, je me concentre d’abord sur un semi-marathon, puis sur un marathon. À partir du 70e kilomètre, on entre dans un autre état d’esprit. À ce moment-là, toute l’attention est tournée vers l’objectif d’atteindre la ligne d’arrivée. Les kilomètres précédents relèvent surtout de la gestion de l’effort.»
Y a-t-il eu un moment de doute pendant ce 100 km ?
«Je n’ai pas beaucoup souffert. Je pense surtout que j’ai très bien géré mon allure du début à la fin. Certains sont partis beaucoup plus vite et l’ont payé ensuite. Évidemment, les derniers kilomètres étaient difficiles, mais voir les autres coureurs davantage en souffrance m’a aussi donné un boost mental. Quand j’ai compris que le chrono allait être très bon, j’ai eu un vrai regain d’énergie. »
Comment vous êtes-vous préparé à cette course ?
«La préparation des championnats de France des 24 heures en avril dernier m’a énormément servi. J’avais déjà un gros volume dans les jambes. Ensuite, entre les deux courses, pendant trois semaines, j’ai rajouté beaucoup d’intensité pour travailler les allures spécifiques au 100 km. Je tourne généralement entre 160 et 170 kilomètres par semaine. Il m’est déjà arrivé de monter à 200 km. Cela représente énormément de temps, sans compter toute la récupération et les soins derrière. Mais je suis bien entouré et mon travail me permet aussi de bien organiser mon emploi du temps.»
Vous terminez également à seulement quelques minutes d’une sélection en équipe de France. Cela vous motive-t-il encore davantage pour la suite ?
«Oui, forcément. Les minima étaient fixés à 6 h 38. Le seul coureur déjà sélectionné avant la course était Benjamin POLIN. Il restait alors trois places à prendre. Je savais qu’il y avait quelque chose à jouer pour les Championnats du monde en Espagne. Au final, il y avait un énorme niveau. Quinze coureurs sont passés sous les 7 heures. Je suis fier de ma cinquième place. Je retenterai sûrement ma chance pour intégrer l’équipe de France, peut-être dès 2027. Mais mon gros objectif maintenant, c’est aussi la sélection en équipe de France sur 24 heures.»
Vous êtes connu pour des défis assez atypiques, comme votre record du monde du marathon en costume en 2023 ou plus récemment celui du marathon en pyjama à Saumur. Pourquoi aimez-vous vous lancer ce type de défi ?
«Ce sont des défis personnels que je prends avant tout avec beaucoup de recul et de plaisir. Le marathon de Tours, que j’ai couru en costume trois-pièces, a particulièrement marqué les esprits. C’était sans doute le plus difficile. À l’inverse, celui de Saumur, je l’ai surtout fait pour m’amuser, sans vraiment forcer, presque comme une sortie longue. À l’époque, mon niveau était encore moyen, même si, pour certains, cela restait déjà une belle performance. Aujourd’hui, je n’ai aucun problème à dire que j’ai atteint un bon niveau en trail. Ce sont souvent ces défis atypiques qui marquent le plus les gens, parfois même davantage que les résultats sportifs. Je l’assume totalement, mais désormais je préfère me concentrer davantage sur la performance pure plutôt que sur de nouveaux records insolites. J’ai surtout envie de découvrir jusqu’où mon corps est capable d’aller.»
Vous avez déclaré récemment : « J’aime voir jusqu’où il est possible d’aller », pourquoi aimez-vous tant repousser toujours plus vos limites ?
«J’aime avant tout la performance, le fait de progresser et d’améliorer mes chronos. Je préfère les courses sur route, car je n’apprécie pas particulièrement les parcours avec beaucoup de dénivelé. Étant originaire d’Angers, il y a très peu de terrains propices à ce type d’entraînement. Je sais aussi qu’il serait difficile de rivaliser avec des coureurs qui s’entraînent quotidiennement en montagne. Mon objectif est donc de performer sur des terrains qui correspondent davantage à mes qualités. Au fond, le chrono en lui-même m’importe moins que ce besoin de se mesurer à soi-même et de repousser ses limites. Bien sûr, il existe toujours une dimension personnelle dans la course à pied, mais je reste aussi quelqu’un de très compétitif.»
Quels sont désormais vos prochains objectifs sportifs ? Avez-vous une course de prévue bientôt ?
«Mon principal objectif actuellement est l’Ultra Marin 175 km, prévu en juin 2026. L’an dernier, j’avais terminé à la troisième place. Cette année, j’arrive clairement avec l’ambition de gagner. J’ai accumulé beaucoup d’expérience grâce à mes précédentes courses et je suis actuellement dans une très bonne dynamique de préparation pour arriver le plus en forme possible. Je serai également accompagné par un sponsor qui me suivra et réalisera des images tout au long de la course. Cela ajoute forcément un peu de pression, mais c’est une pression que j’apprécie et qui me motive davantage. J’ai aussi en tête le défi de tenter de battre le record du monde des 12 heures sur tapis de course. J’aurai peut-être l’opportunité de le faire fin septembre, mais cela dépendra aussi de mes prochaines courses et de ma récupération. En parallèle, ma vie personnelle va également connaître un grand changement puisque notre deuxième enfant naîtra en septembre prochain. Cela rendra forcément l’organisation des entraînements et des compétitions un peu plus complexes. Mais nous verrons ce qu’il adviendra.»
Pour conclure, quand vous regardez vos performances aujourd’hui, avez-vous parfois du mal à réaliser vous-même ?
«Jamais je n’aurais imaginé arriver un jour au niveau, où je suis aujourd’hui. Mon premier 10 km, je l’avais couru en 53 minutes. À l’époque, je m’étais même dit que le jour, où je passerais sous la barre des 40 minutes sur 10 km, j’arrêterais la course à pied. Aujourd’hui, je suis capable de courir 100 km en moins de sept heures. Avec le recul, cela montre à quel point il est important de ne pas se fixer de limites, car les seules véritables barrières sont souvent celles que l’on s’impose soi-même. J’ai encore envie de progresser et d’aller chercher de meilleures performances, notamment sur les longues distances. C’est vraiment vers ce type de formats que je souhaite me tourner désormais.»








