On connaît l’engouement actuel pour les courses à pied en France et notamment pour le trail. Mais si on regarde les chiffres de près, ce sont les femmes qui affolent le plus les compteurs. Nous sommes partis à la rencontre de trois femmes pas comme les autres, mais qui ont une vraie volonté de vivre comme tout le monde. Elsa TRÉHET-COLLET, Amélie FOLNY, Delphine JOUTEL et leurs entourages nous évoquent le combat du handicap et leur volonté d’avancer à travers le sport.
Au trail des ragondins, des femmes et toujours des femmes
Le trail des ragondins n’échappe pas à la règle et on note que sur les 1 500 inscrits à ce jour, 38 % sont des femmes. Sur les 10 km, on compte 261 femmes sur 460 soit près de 60 %. Alors nous nous sommes intéressés à trois d’entre elles, trois femmes porteuses d’un handicap, mais toutes compétitrices.
Elsa TRÉHET-COLLET, âgée de vingt-trois ans, est la plus connue dans le microcosme angevin. Avec beaucoup d’énergie et avec le soutien de ses parents qui se démènent chaque jour pour leur fille, elle lutte depuis l’annonce du verdict, à l’âge de dix-huit mois, de la maladie de Rett (le syndrome de Rett est une maladie d’origine génétique définie par un trouble grave et global du développement du système nerveux central, survenant chez les filles. Il entraîne un polyhandicap avec déficience intellectuelle et infirmité motrice, assez souvent sévères). Ils ont, entre autre, créé l’association les copains d’Elsa. Elsa, sur sa joëlette et en capitaine, a déjà participé à sept éditions du trail des ragondins.
Amélie FOLNY, âgée de trente-six ans, est née prématurée et polyhandicapée, depuis sa naissance. Elle a rejoint la résidence des Trois Rivières, à Cantenay-Épinard, il y a quatre ans. Avec Simon, son beau-frère, elle s’est lancée dans des défis. A eux deux, ils ont déjà réalisé quatre marathons, dont celui de Tours en trois heures et deux minutes, ainsi que le record du monde Guinness world pour un 100 km couru à Crévin, il y a un an.
Delphine JOUTEL, âgée de cinquante et un ans, est la petite nouvelle de cette aventure. Suite à une entorse qui s’est terminée en nécrose, elle découvre sa nouvelle vie en fauteuil roulant, depuis quatre ans. Avec peu d’espoir de guérison, elle décide de se faire amputer de sa jambe droite, le 9 juillet 2025. Depuis sa vie a changé…
Et alors pourquoi participer au trail des ragondins, le 21 juin 2026
Delphine : « Comme je le disais depuis mon amputation, ma vie a changé. J’étais sportive auparavant en loisirs, mais dans un enfermement et je voulais en sortir. Avec ma nouvelle jambe, je vois le bout du tunnel. Grâce au support de la société Protéor qui me fournit mes équipements, on m’a proposé de participer au trail des ragondins, que je ne connaissais pas du tout. Ce sera un premier objectif avant d’autres. »
Elsa : Depuis bien des années, Elsa voyage. Elle fait de l’équitation, de la course en joëlette et de multiples autres activités d’éveil. Son ordinateur, qui déchiffre les clignements de ses yeux et les rictus de son visage, lui permet de communiquer avec Céline, son auxiliaire de vie et son entourage. Elsa participera pour la septième fois au trail des ragondins accompagnée de ses copains et de ses copines, mais ne vous y trompez pas, la capitaine du navire, ce sera bien Elsa.
Amélie : Elle n’a pas de fauteuil au début et ses jambes ne suivent pas. « Maintenant, j’ai envie de bouger, de sortir, je ne sais pas si j’aurai fait des courses et des marathons en étant valide, mais là, je fais beaucoup d’activités physiques grâce à la résidence et à Handicap Anjou.
Simon son beau-frère témoigne : « Je m’entraîne avec Amélie une fois par semaine, le dimanche matin. Nous partons environ 2h30 à 3h pour notre sortie vélo de 40 à 50 km. »
« Pour préparer notre projet 2026, nous allons ajouter un sport en plus du dimanche. La prochaine fois, nous allons faire du vélo 90 km environ, puis de la course à pied et aussi de la natation avec Amélie sur son canoë adapté. Cela va être soutenu pour Amélie. Le half triathlon, leur défi du 5 juillet aux Sables-d’Olonne, c’est 1,8 km de natation, 90 km à vélo et 21 km à pied.
« Le trail des ragondins, c’est tout naturel. Pour l’instant, j’y allais comme supportrice et pour faire la fête. Cette année, je serai dans la course, mais ce sera encore la fête » ajoute Amélie.
Une force supplémentaire du fait du handicap
La grand-mère d’Elsa Georgette est présente. « Il faut changer le regard, c’est le plus important. Ces jeunes femmes sont comme toutes les femmes. La complaisance, l’admiration et la pitié doivent disparaître de notre vision » et Céline son auxiliaire de vie qui accompagne Elsa ajoute : « Avec toutes ces activités parallèles, Elsa progresse, Elsa sourit, Elsa s’épanouit, Elsa vit tout simplement alors que son espérance de vie, il y a vingt ans était annoncée très limitée. »
Delphine : « Comme je l’ai précisé précédemment, j’étais depuis quelque temps dans l’enfermement. Je souffrais et je ne pouvais plus m’exprimer physiquement, alors que je pratiquais notamment des sports de raquette. Je me sentais handicapée et depuis que j’ai été amputée, j’ai retrouvé ma jambe et la joie de vivre. »
Amélie : « Je ne m’ennuie pas à la résidence grâce aux soignants, aux infirmières et leur bienveillance, mais j’avoue que dès que je peux aller m’évader avec Simon, par les chemins ou à la salle de sport, je kiffe. »
Le coût de ces aventures
Delphine : « Je vais recevoir d’ici trois semaines, une lame pour courir. Celle-ci me sera est prêtée dans un premier temps, mais je vais en acheter une : cela vaut environ 8 000 €. Le soutien de tous, c’est beaucoup d’émotion pour moi et cette énergie, j’ai envie de la retransmettre. J’ai le projet de me reconvertir dans la formation, l’encadrement et l’animation des séances de sport adapté. Vous pouvez me contacter sur gerald.joutel@wanadoo.fr qui est mon adresse mail de contact. »
Amélie : « Pour le projet biathlon, le coût des équipements et des entraînements, c’est environ 10 000 €. Tout contact via teamhanduo. L’association La trace et Angers Dénia font déjà partie des partenaires. »
Elsa : Pour Elsa, le coût est d’abord dans ses diverses activités, c’est pour cela que le trail des ragondins lui a remis un chèque de 500 € en septembre dernier. Avec cela, elle a pu acheter une selle adaptée. Le coût d’une joëlette est compris entre 1500 et 4 000 €, selon les modèles.
À la fin de notre rencontre, elles se sont promis de se retrouver le dimanche 21 juin. Mais désormais, il y a aura une compétition entre elles. Qui sera la première ? On vous l’avait dit, ce sont des compétitrices et des championnes.








