Après deux années à poursuivre l’objectif symbolique des 7 heures sur 100 km, Eric HERAULT a finalement réussi son pari lors des Championnats de France disputés à Steenwerck, le jeudi 14 mai 2026. Malgré une préparation risquée, marquée par un trail exigeant cinq jours plus tôt, il boucle la course en 6h52’53 et décroche le titre de champion de France Master 2. Il revient avec nous sur sa gestion de course, ses moments de doute et les sacrifices nécessaires pour performer sur une telle distance.
Bonjour Eric, pourquoi avoir choisi de parcourir 100 km ?
« A l’origine, je suis un coureur de 10 km. Ensuite, je suis passé sur Marathon. J’avais l’impression d’avoir fait le tour sur cette distance et j’avais besoin de me lancer de nouveaux challenges. Il y a trois ans, quand j’ai couru les 100 km de Millau, j’ai directement été conquis par cette distance. Pour moi, cette course est mythique. Le parcours est assez vallonné, mais le dénivelé ne me faisait pas peur. J’ai aussi ressenti une très bonne ambiance tout au long de l’épreuve. En 2024, je m’étais fixé l’objectif de passer sous les 7 heures aux 100 km d’Amiens. Je n’y étais pas arrivé, mais cette course m’a tout de même confirmé mon envie de performer et de poursuivre sur ce format. Alors, j’ai tout mis en œuvre pour réussir, malgré l’annonce de la suppression de l’épreuve à Amiens en 2025 qui m’a coupé l’herbe sous le pied. Malgré tout, j’ai toujours gardé cet objectif en tête. Cette distance ressemble au marathon, mais en beaucoup plus longs. Il faut surtout ne pas se tromper d’allure de course, sinon tu peux très vite craquer et avoir beaucoup de mal à aller jusqu’au bout. »
Comment avez-vous construit votre préparation pour ce 100 km de Steenwerck ?
« Lorsque les championnats de France de 100 km ont été annoncés, j’ai fait face à un dilemme, car j’avais commencé le Challenge National Trail 2025-26 et les manches « moyenne montagne » étaient placées soit cinq jours avant, soit dix jours après. J’avoue que j’ai hésité jusqu’à fin du mois de mars avant de prendre ma décision. J’ai cogité en demandant à droite à gauche, à mon coach, à des amis, à des coureurs… Et j’ai finalement décidé de ne pas choisir et de faire les deux. J’ai choisi la manche cinq jours avant à Besançon, c’était un énorme risque, mais j’assume ce choix, car mon entraînement hivernal et mes sensations de début d’année étaient plus que bonnes. Ensuite, il me restait plus qu’à tout optimiser. J’ai été aidé par mon coach Patrick BRINGER et ma nutritionniste, que je remercie tous les deux. Puis, il fallait aussi caler les récupérations (massages, bain froid, sauna, pressothérapie, etc.), j’ai pu compter sur mon kiné Gweltaz LEBRETON que je remercie pour son suivi et sa compréhension. Pour le sommeil, je dormais mes 8h00 par jour au top pour bien récupérer. Mes tests d’avant course se sont plutôt très bien passés, le Marathon de Chinon « Officiel » Sub 2h30 et la sortie 60 km, deux semaines avant, au tempo 100k. Avant ma course, ma stratégie était de partir à la sensation, c’est-à-dire aux alentours de 4’00 au km (15km/h), et je savais qu’un craquage était possible au vu de ma récupération non complète, mais ça devait me laisser un matelas suffisant pour atteindre les SUB 7H00. »
Quels étaient vos entraînements et votre volume de course pendant cette préparation ?
« J’ai effectué des séances côtes, de VMA intensifs, d’endurance et des sorties longues avec des allures spécifiques marathon et 100 km. J’ai également fait beaucoup de marche nordique et intégré deux séances de musculation et de renforcement par semaine. Mon volume variait entre 120 et 200 kilomètres hebdomadaires. Puis, au fur et à mesure de la préparation, j’ai diminué progressivement la charge d’entraînement. »
Vous êtes coach sportif en parallèle d’être athlète. Comment adaptez-vous votre préparation à votre métier ?
« Ce n’est pas toujours évident. Je dois réussir à adapter mes entraînements à mon planning d’éducateur sportif au CAPS de Saumur. Je suis souvent occupé l’après-midi et le soir, donc je fais la majorité de mes séances le midi en semaine. Le week-end, j’en profite pour réaliser mes sorties longues. J’encadre également plusieurs stages, donc je dois aussi m’organiser en fonction de cela. Cette profession me permet d’être souvent en activité, mais il faut réussir à bien gérer l’ensemble. »
Comment réussissez-vous à concilier entraînement, récupération, travail et vie de famille quand on prépare une telle épreuve ?
« J’ai la chance d’avoir le soutien de ma femme. Aurélie a d’ailleurs été mon assistante pendant les 100 km de Steenwerck. Mes enfants sont grands maintenant. Ils sont assez autonomes. Pour aller à l’école, ils prennent le bus et pour y revenir également. De par mon métier, je ne suis pas souvent présent le soir, mais c’est un choix que nous assumons et qu’ils comprennent. Quand j’ai davantage de temps, je prends le relais sur les tâches familiales. Je remercie vraiment Aurélie pour son aide. Nous arrivons à bien gérer cet équilibre. »
Vous avez pris le risque de courir le Trail des Forts de Besançon, seulement cinq jours avant les Championnats de France. Est-ce que cette course a eu un impact pendant les 100 km ?
« J’avais déjà participé à deux manches du challenge, dont une en plaine et une en montagne. Il restait une manche mi-plaine et mi-montagne. Je voulais aller au bout. Je devais donc tout optimiser pour arriver le plus frais possible aux Championnats de France. Bien sûr, je n’étais pas à 100 % et je pense que le Trail des Forts couru cinq jours avant a joué dans mes sensations à la fin du 100 km. Il a fait très chaud ce week-end et j’ai terminé avec de légères crampes. La récupération active du 10 au 13 mai a été efficace, le repos a aidé et j’ai bien dormi, mais mes ischio-jambiers n’avaient pas totalement récupéré. Malgré cela, je m’étais laissé une petite marge en partant sur une allure assez soutenue dès le départ, car je savais qu’à un moment ou un autre, j’allais craquer. Lors de ma préparation, je m’étais préparé à tenir des allures pour faire entre 6h40 et 6h50. J’ai réussi à atteindre mon objectif et je suis fier de cela. »
Vous terminez neuvième et surtout Champion de France Master 2. Qu’est-ce que ce titre représente pour vous ?
« Je connaissais bien mes concurrents. Ce sont des habitués des 100 km et certains étaient très forts. Honnêtement, j’avais en tête de faire un podium, mais pas de gagner. À partir du 80e kilomètre, j’ai commencé à doubler les autres concurrents Master 2 qui ont craqué les uns après les autres. De la quatrième place, je suis passé à la seconde place en 8 km. C’est d’ailleurs à ce moment-là, sans m’en rendre compte, que j’ai accéléré inconsciemment. Je me suis aussi aligné avec mes partenaires Stéphane LEBASTARD et Tiphanny ANNEREAU pour le classement par équipes. Ce titre nous motivait énormément. Sur le papier, nous n’étions pas forcément favoris, donc remporter le titre par équipes a aussi été une très belle satisfaction. Je croyais presque davantage au titre collectif qu’au fait de devenir champion de France Master 2. »
Passer sous les sept heures semblait être devenu un véritable objectif personnel. Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir franchi un cap ?
« Oui, forcément. J’ai gagné 21 minutes par rapport à mon précédent chrono sur cette distance. Lors de ma précédente tentative, j’avais craqué au 65e kilomètre et ensuite, j’avais subi jusqu’à l’arrivée. Cette fois-ci, j’ai craqué plus tard, au 75ème km et surtout, j’ai réussi à relancer ensuite. Bien sûr, j’ai commis quelques erreurs de gestion, mais je pense avoir énormément progressé. »
Au 75e kilomètre, quand les jambes ne répondaient plus et que l’allure a baissé, qu’est-ce qui s’est passé mentalement à ce moment-là ? Qu’est-ce qui vous a poussé à continuer, malgré tout ?
« En effet, c’était dur. J’ai dû faire face au vent et quand Emmanuel BONNIER et Matthieu DUDIT-GAMANT m’ont dépassé, j’ai pris un gros coup au moral. Je sentais les batteries diminuer et je n’avais plus d’énergie dans les jambes. J’étais à deux doigts d’abandonner. Mais, j’ai continué pour l’équipe. Ma femme m’a aussi énormément poussé et motivé tout au long de la course. Je me suis aussi dit qu’il ne fallait surtout pas marcher, sinon je perdrais trop de temps. Je m’étais autorisé à perdre quelques secondes. J’ai couru deux kilomètres à 5’30 et là, je me suis dit qu’il était temps de réagir. J’ai changé mon ravitaillement, ce qui m’a redonné un vrai boost d’énergie. Je m’étais préparé mentalement à cette baisse de régime. J’ai serré les dents et j’ai fini avec tout ce qui me restait. Dans un 100 km, il y a toujours un moment, où tu vas mal. »
Emmanuel BONNIER a battu le record du Maine-et-Loire du 100 km en 6 h 41 min 06 s, en prenant au passage la cinquième place du classement général. Pensez-vous que vous pouviez faire encore mieux ? Gardez-vous quelques regrets de ne pas avoir réussi à aller chercher ce record ?
« Je savais que nous avions tous les deux le potentiel pour aller chercher ce record. Emmanuel arrivait un peu plus frais que moi et possède aussi une grande expérience sur les longues distances. Il avait aussi déjà fait des 24 heures. Nous nous étions appelés avant la course et nous étions partis sur les mêmes allures. À la fin, nous avons tous les deux connu un passage difficile, mais lui perdait quelques secondes alors que moi, je perdais plusieurs minutes. Je pense aussi que le contexte des Championnats de France m’a poussé à accélérer inconsciemment, lorsque j’ai commencé à doubler mes concurrents en Master 2. Cela s’est ressenti à la fin de la course. »
Pour quelqu’un qui n’a jamais couru d’ultra, quels conseils lui donnerez-vous ?
« Je pense qu’il est important de déjà se tester sur marathon. Je déconseille de se lancer directement sur de l’ultra sans expérience. Le 100 km ressemble au marathon, mais le passage difficile arrive plutôt vers le 70e ou le 75e kilomètre. Il faut aussi un gros volume d’entraînement. Si tu n’arrives pas à courir au moins 100 kilomètres par semaine, cela devient compliqué. Le corps doit être capable d’encaisser cette charge. Et surtout, il faut aimer l’endurance et avoir du temps pour organiser tous ces entraînements. »
L’équipe de France du 100 km, est-ce un objectif qui vous fait rêver, aujourd’hui ?
« Bien sûr. C’était déjà dans un coin de ma tête sur cette course. Les planètes ne se sont pas totalement alignées cette fois-ci, mais ce sont des choses qui arrivent. Je retenterai ma chance sur une autre course. »
Après une performance comme celle-là, est-ce qu’on savoure d’abord… ou pense-t-on déjà au prochain défi ? Avez-vous l’intention de revenir sur la distance du 100 km ?
« Oui, j’ai l’intention de me réaligner sur un autre 100 km. En octobre 2026, je participerai une nouvelle fois aux 100 km d’Amiens avec l’objectif de battre mon record personnel. Je viserai un chrono entre 6h40 et 6h45 et pourquoi pas le record de Maine-et-Loire. Pour cela, il faut que je réitère l’exploit d’Emmanuel BONNIER. Les 100 km de Steenwerck m’ont permis d’apprendre énormément et de gagner en expérience. J’ai aussi été tiré au sort pour participer à la Diagonale des Fous (180 km et 10 200 m de dénivelé). C’est vraiment un honneur pour moi. La Diagonale des Fous est une course mythique et très importante dans le monde du trail. Elle est même considérée comme l’une des courses les plus difficiles au monde. Les participants sont majoritairement francophones et, pour y participer, il faut généralement passer par un tirage au sort, sauf pour les élites qui sont directement qualifiés. Il faut obtenir un score de 850 points pour être qualifié automatiquement et, pour ma part, je suis actuellement à 810 points. Cette fois, mon objectif sera clairement d’être finisher. Je n’ai pas d’objectif de temps particulier. Je suis encore en récupération après les 100 km de Steenwerck, mais il est prévu que je commence la préparation dès le mois de juin. »








