À l’arrivée, il n’y a qu’une seule gagnante. La course a opposé quelque 150 athlètes. La victoire n’a été possible que grâce à l’appui essentiel des coéquipières qui sacrifient leurs ambitions personnelles pour une championne supérieure. Mais le Tour de France Femmes avec Zwift ne consacre qu’une reine en jaune : Annemiek van Vleuten en 2022, puis Demi Vollering, Kasia Niewiadoma Phinney, et enfin Pauline Ferrand-Prévot à l’été 2025. Chacune sait ce qu’elle doit à ses partenaires, tout particulièrement aux lieutenantes qui les accompagnent le plus loin vers les sommets. Avant de consacrer une nouvelle vainqueure dimanche 9 août à Nice, le site officiel du Tour donne la parole à ces secondes dames d’exception, qui racontent leurs rôles auprès de « PFP », Kasia ou Demi, et dessinent un autre portrait des prétendantes au Maillot Jaune.
Silvia Persico : « Elisa Longo Borghini se bat pour ses coéquipières, sur le vélo comme en dehors. » (III/V)
Certaines expériences sont fondatrices parce qu’elles offrent un premier aperçu de ce que nous voulons dans la vie. D’autres produisent l’effet inverse, en mettant en lumière ce que nous voulons éviter. Silvia Persico garde un souvenir précieux du Tour de France Femmes avec Zwift 2022. « C’était l’une de mes meilleures performances en tant que professionnelle. J’ai joué la victoire sur plusieurs étapes, je me suis inclinée face à mon idole d’enfance, Marianne Vos, sur l’une d’elles, puis j’ai terminé 5e du classement général. » Pour autant, l’Italienne n’a ni l’envie ni l’intention de poursuivre ce type d’objectif dans les années à venir. « Aujourd’hui, je ne veux plus viser le classement général d’un Grand Tour. C’est trop éprouvant, physiquement comme mentalement. » Après cette performance révélatrice, la pression est devenue trop lourde à porter. Désormais, elle se sent bien plus épanouie dans un rôle d’équipière au service des autres sur les plus grandes courses. « J’ai toujours été une gagnante et je le resterai », prévient Persico. « Mais ces deux dernières années, j’ai changé de rôle, et cela me plaît. » D’autant plus lorsque ce rôle consiste à épauler l’une des grandes figures du cyclisme féminin : Elisa Longo Borghini.
De l’inquiétude à la sérénité : « Quand j’ai appris qu’Elisa arrivait, j’étais très heureuse… et un peu inquiète. »
Depuis dix-huit mois, Persico était la leader de la prometteuse formation UAE Team ADQ, alternant bonnes performances et résultats plus décevants, lorsque l’équipe émiratie décida de recruter Elisa Longo Borghini afin de franchir un cap en 2025. Présente au plus haut niveau international depuis plus de dix ans et dotée d’un palmarès prestigieux, Longo Borghini est, selon Persico, « la référence pour toutes les coureuses italiennes. » « Quand on m’a annoncé son arrivée, je pensais que ce n’était qu’une rumeur », se souvient la polyvalente d’Alzano Lombardo. « Puis nous avons participé ensemble à un stage avant les Jeux olympiques de Paris, et c’est elle qui m’a confirmé que c’était vrai. Cela m’a surprise. »
L’équipe s’apprêtait à changer de dimension, elle qui peinait encore à atteindre les standards très élevés imposés par son homologue masculine, UAE Team Emirates. « J’étais très heureuse… et un peu inquiète », reconnaît-elle. « Je la connaissais un peu grâce à l’équipe nationale italienne et nous nous entendions bien, mais nous n’avions jamais vraiment eu l’occasion de mieux nous connaître. Elle faisait un peu peur, vous savez ? Nous ne parlions pas beaucoup et, en dehors du vélo, elle paraissait assez fermée, comme si elle était trop sérieuse pour s’intégrer dans un groupe où l’on passe notre temps à plaisanter. » Avec le temps, ces craintes se sont envolées. « Aujourd’hui, elle discute, plaisante et rit autant que toutes les autres. Désormais, il nous arrive de nous comprendre sans même avoir besoin de parler. »








