Responsable du centre de formation et coach de l’équipe espoirs féminine de l’Union Féminine Angers Basket depuis cet Eté, Damien BRACQ travaille au quotidien avec l’objectif de mener de jeunes basketteuses vers le monde professionnel. Parcours, détection, centre de formation, importance du territoire : il nous raconte comment il tente d’accompagner au mieux ses joueuses vers leurs rêves.

Présentation générale

Bonjour Damien, pouvez-vous vous présenter et nous détailler votre parcours dans le monde du basket ?

« Je m’appelle Damien BRACQ,  j’ai cinquante ans et je suis né à Angers. Mon parcours dans le monde du basket est essentiellement lié à la ville d’Angers, puisque j’ai commencé au club de Notre-Dame des Champs. Je suis parti quelque temps dans le Nord avant de revenir à la NDC en tant qu’espoir. J’ai ensuite évolué pendant vingt-huit ans à l’Etoile d’Or Saint-Léonard, puis j’ai rejoint l’Etoile Angers Basket. A l’EAB, je me suis vite lancé dans l’entraînement des catégories jeunes, puis dans les catégories adultes. J’ai été assistant de Laurent BUFFARD en Nationale 2, de Sylvain DELORME en Nationale 1, puis d’Ali BOUZIANE et de John DELAY en Pro B. En parallèle, j’étais le responsable du centre de formation de l’EAB. La formation a toujours été quelque chose qui me plaisait. Je pense que c’est l’ADN que doivent avoir les clubs angevins qui n’ont pas forcément d’énormes moyens financiers. En août dernier, j’ai rejoint l’Union Féminine Angers Basket pour être responsable du centre de formation, mais également pour coacher l’équipe espoirs. Aujourd’hui, cela fait vingt-sept ans que je suis salarié d’un club. »

Pouvez-vous nous rappeler votre rôle exact au sein de l’UFAB et du centre de formation ?

« Je suis responsable du centre de formation. C’est dans le cahier des charges des centres de formation, il doit y avoir un salarié qui s’occupe de la gestion sportive. Je m’occupe de l’entraînement des joueuses, du recrutement, de l’encadrement technique et administratif du centre, qui représente vingt et une joueuses. Je suis rattaché à l’équipe espoirs Nationale Féminine 2 (quatrième échelon national), que je coache le week-end. »

Qu’est-ce qui vous motive le plus dans le travail de formation des jeunes joueuses ?

« Ce qui me motive le plus, c’est de les accompagner au mieux pour les emmener vers le meilleur niveau possible. Je veux qu’elles mettent en valeur leur profil, leur potentiel sportif. Je veux les amener vers le haut niveau avec de l’exigence, mais aussi de la bienveillance. Durant leur formation, on les accompagne sur le plan physique parce que c’est quelque chose d’important, mais aussi sur le plan mental avec un professionnel. »

La détection dans le Maine-et-Loire

Comment s’organise la détection des jeunes joueuses dans le département du Maine-et-Loire ?

« La détection s’organise assez tôt, avant même le centre de formation. A l’UFAB, on est en lien direct avec le comité départemental parce que c’est lui qui va s’occuper des catégories U13, là où commencent les détections. Ces détections ont pour objectif d’intégrer les meilleures jeunes, et pas uniquement celles du département, vers nos équipes U13 régions, puis vers notre équipe U15 France. Tout s’organise aussi avec la Ligue des Pays de la Loire via le pôle Espoirs. On fait en sorte que nos joueuses puissent intégrer le pôle Espoirs régional parce que c’est une belle structure de formation et d’accompagnement des jeunes. Cette année, on en a quatre qui ont rejoint le pôle Espoirs. Au sein du centre de l’UFAB, on priorise les joueuses issues du secteur pour pouvoir les intégrer au fur et à mesure dans notre structure. »

De quelle manière travaillez-vous avec les clubs amateurs du territoire ?

« On est en lien direct avec les clubs amateurs du secteur. A l’UFAB, c’est Anthony GUILON qui s’occupe de cela. Quand nos joueuses sortent de la catégorie U15, on fait le bilan et si on se rend compte que l’on a déjà des potentiels très intéressants, on n’a pas besoin d’aller chercher ailleurs. Il nous arrive d’élargir nos recherches dans la région des Pays de la Loire, via le pôle Espoirs. On ouvre toutefois les portes de l’UFAB à des joueuses provenant d’autres régions s’ils nous manquent certains profils dans l’effectif. »

À quel âge commence-t-on réellement à détecter des profils intéressants pour l’UFAB ?

« Les catégories U13 et U15 sont idéales. On peut déjà entrapercevoir les profils qui se dessinent à la fois sur le plan physique, athlétique et technique. C’est dans ces âges-là que les joueuses vont commencer à démontrer leurs qualités techniques. »

Quels sont les critères prioritaires lors de la détection : le potentiel physique, la technique, le mental… ?

« Le mental, c’est ce qui est le plus important au fur et à mesure de l’évolution de la joueuse. En U13, les joueuses aiment jouer au basket. En U15, elles entrent plus dans cette dimension de compétition, cette volonté de gagner. L’un des éléments les plus importants lorsqu’elles se dirigent vers le haut niveau, c’est l’aspect motivation/détermination. »

Le passage au centre de formation

Qu’est-ce que cela change, pour une jeune joueuse, d’intégrer le centre de formation de l’UFAB 49 ?

« Cela va changer tout son quotidien. Nos joueuses doivent être en capacité de mener un double projet à la fois scolaire et sportif avec de l’exigence dans les deux domaines. On travaille avec le lycée Chevrollier à Angers qui est un très bon établissement dans la région. Il a des exigences élevées en termes de résultats scolaires, mais aussi de comportement. Il y a cette exigence au niveau scolaire et l’exigence sportive : l’entraînement quotidien, la préparation physique, l’entraînement invisible (sommeil, nutrition, hygiène de vie). Une joueuse de notre centre de formation n’a pas le temps libre que peut avoir une lycéenne avec un parcours classique. Après les devoirs, c’est l’entraînement. C’est tout un quotidien qui est bouleversé. »

Quelle place accordez-vous à la scolarité et au projet de vie en dehors du basket ?

« C’est un élément très important pour nous. Une fille qui est en difficulté scolaire, pas uniquement au niveau des notes, on sait que derrière, à l’entraînement, elle peut être perturbée. Les deux projets sont liés. Quand une fille est bien à l’école, on est sûr qu’elle sera performante à l’entraînement. On sait que dans l’environnement du basket féminin, il y a peu de places pour les joueuses professionnelles. A l’heure actuelle, même les pros ne gagnent pas assez d’argent pour vivre jusqu’à leur retraite. C’est très important pour nous qu’elles aient ce double projet. Aujourd’hui, dans notre équipe professionnelle, les jeunes continuent de faire leurs études à côté du basket. »

Comment accompagnez-vous ces jeunes dans une période souvent charnière, à la fois sportive et personnelle ?

« Au lycée, elles sont très bien accompagnées. Pour les joueuses en post-bac, on travaille en lien avec l’université d’Angers, l’IFEPSA et différentes écoles angevines, mais l’accompagnement est plus difficile. Les joueuses doivent avoir une grosse capacité d’autonomie, puisque avec leur statut de sportives de haut niveau, elles bénéficient d’une dispense d’assiduité et elles peuvent aménager leurs cours. Ceci étant, le double projet université/sport en France n’est pas très favorable. »

La formation au quotidien

Quelle est la philosophie de formation à l’UFAB ?

« Depuis vingt ans, nous misons beaucoup sur le quartier Monplaisir. Nous y avons un fort ancrage et nous tentons d’attirer les jeunes joueuses vers le basket et de les accompagner au mieux dans ce projet. Nous avons toujours eu la volonté d’être bien ancré dans Monplaisir et dans la ville d’Angers de manière générale. Aujourd’hui, cela se concrétise par une joueuse issue de ce quartier qui vient d’intégrer le pôle Espoirs des Pays de la Loire. Cet ancrage permet à l’UFAB de disposer d’un vivier intéressant pour le centre de formation. »

Quels sont les axes de travail prioritaires pour faire progresser une jeune joueuse vers le haut niveau ?

« Avant le centre de formation, on travaille avec les différentes sections sportives, comme celles de Chevreul et de Mongazon à Angers. Elles nous permettent de proposer un volume d’entraînement intéressant pour les jeunes joueuses. Mes collègues au sein de la section amateur de l’UFAB ont la volonté de faire travailler les plus jeunes, dès leurs débuts dans le basket, pour les amener vers le meilleur niveau possible. »

Quelle importance accordez-vous au mental et à la gestion de la pression chez les jeunes joueuses ?

« C’est l’un des éléments que j’ai découvert depuis que j’ai rejoint l’UFAB, l’été dernier, et qui est très différent par rapport aux garçons. Les jeunes filles ont parfois un manque de confiance en elle. Quand on leur demande de nous exprimer leurs qualités, elles ont dû souvent du mal à le faire alors que c’est beaucoup plus limpide chez les garçons. On travaille beaucoup sur la confiance en soi, l’estime de soi. On travaille aussi sur la gestion du stress et la gestion de la frustration. On collabore avec un préparateur mental qui dispense des sessions à la fois collectives et individuelles. Elles permettent de donner aux joueuses des outils pour faire face à ces problématiques-là. »

Du centre de formation vers le haut niveau

Quelles sont les étapes clés pour espérer intégrer l’équipe première ?

« Il faut déjà intégrer le centre de formation et y performer dans la catégorie U18. De là, vous pouvez rejoindre le groupe espoirs. Les joueuses qui répondent à ces critères peuvent intégrer les séances d’entraînement avec les professionnelles. Cette année, on en a cinq dans ce cas-là. Pour s’entraîner régulièrement avec les pros, les joueuses doivent répondre à plusieurs critères. Elles doivent savoir répondre à l’engagement et à l’intensité d’une séance d’entraînement avec des professionnelles. Il leur faut évidemment de la qualité individuelle et la discipline dans la capacité à comprendre le jeu, mais aussi de la discipline en dehors du terrain (arriver à l’heure, respecter le cadre général,…). »

Le regard d’une jeune joueuse sur sa formation évolue-t-il avec le temps et l’expérience ?

« Les joueuses évoluent au fil des saisons. Leur motivation et leur détermination évoluent. Le centre de formation est très attirant pour elles, parce qu’il leur permet de pratiquer le basket, de progresser, de jouer au meilleur niveau. Ceci étant, cela représente des contraintes assez fortes en matière d’engagement, de temps et de fatigue. Les joueuses de notre centre ont des emplois du temps qu’un adulte ne pourrait pas supporter. Il faut une force mentale et une détermination importante. »

Comment gérez-vous les désillusions quand le projet pro n’aboutit pas ?

« On y va progressivement. Nous faisons des bilans réguliers avec les joueuses. Généralement, elles sont sous convention de formation durant leurs trois années de lycée. Si on souhaite poursuivre le travail avec elles, on renouvèle la convention sur la partie post-bac. Toutes ces étapes se passent avec des bilans de période et des entretiens avec à la fois la joueuse et les parents. Cela permet de savoir où en est rendue la joueuse dans son parcours et cela évite les mauvaises surprises si elle n’arrive pas à franchir certains paliers. Il n’y a pas de choc. A la fin de leur parcours, les joueuses savent à peu près à quel niveau elles vont pouvoir prétendre. »

Le territoire et l’identité UFAB

Le territoire du Maine-et-Loire est-il un atout pour la formation ?

« Le basket dans le Maine-et-Loire est un atout majeur pour l’UFAB. Le comité départemental fait un travail formidable dans l’animation et l’accompagnement de toutes les licenciées. Cela permet d’avoir un vivier de joueuses très intéressant dans plusieurs secteurs du département. Avrillé, Lamboisières, Saumur et les clubs choletais notamment créent une dynamique très importante pour le basket dans le Maine-et-Loire. »

L’UFAB a-t-elle une identité particulière dans la formation des jeunes joueuses ?

« L’identité actuelle de l’UFAB est surtout incarnée par Aurélie BONNAN, la coach actuelle de l’équipe pro, qui demande à ses joueuses un engagement total sur le terrain. »

Voyez-vous une évolution du niveau et du nombre de jeunes basketteuses sur le territoire ces dernières années ?

« Il y a une évolution, oui. Thelma LERAY, qui est une joueuse issue du Maine-et-Loire, va sortir de l’INSEP (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance). Il y a des profils qui évoluent. On a une jeune joueuse, Carla CHERRY, qui est devenue Championne d’Europe U16 avec l’Espagne et qui a débuté le basket à Ecouflant (elle est espagnole, mais installée dans le Maine-et-Loire depuis ses deux ans). On a plusieurs exemples comme ces joueuses-là qui sont actuellement au pôle Espoirs et qui représentent un potentiel très intéressant pour l’avenir et c’est flatteur pour un territoire comme le Maine-et-Loire. »

Son regard personnel

Avec le recul, qu’est-ce qui fait selon vous une « bonne » joueuse à former ?

« Une joueuse qui est avant tout déterminée et motivée tous les jours à l’entraînement. Une joueuse qui va être autonome dans ses routines de préparation. Une joueuse qui va être à l’écoute, qui va s’engager, qui va mettre l’intensité, qui va tenter de comprendre le jeu…C’est ce qui fait la différence entre les joueuses qui vont évoluer rapidement et celles qui vont plafonner. La différence se fait sur l’engagement quotidien. Sur une semaine, les joueuses s’entraînent six jours sur sept. C’est important d’être motivé à chaque nouvelle journée d’entraînement. »

Quels sont les grands défis à venir pour la formation féminine en France ?

« Le modèle masculin a montré la voie avec une visibilité et une reconnaissance importante. Il met en avant les jeunes joueurs et la formation avec un événement comme les Young Star Game par exemple. Aujourd’hui, je pense qu’il y a une réflexion à avoir sur le championnat espoirs féminin parce qu’actuellement les espoirs sont intégrées à des championnats nationaux (NF1 ou NF2). Le niveau y est très hétérogène. Je pense qu’il serait intéressant de créer un championnat ou une ligue espoirs féminine qui permettrait de mettre davantage en avant les jeunes joueuses. »

Pour terminer, qu’est-ce qui vous rend le plus fier dans votre travail aujourd’hui à l’UFAB ?

« Ce qui me rend le plus fier, c’est de voir mes joueuses arriver avec le sourire à l’entraînement, de les voir prendre plaisir à s’entraîner. Lorsque toutes mes joueuses mettent de l’engagement et de l’intensité lors des séances, je suis heureux. »