C’est déjà la dernière ligne droite et chez les 118 skippers, la pression monte. Dans un peu plus d’un mois, le dimanche 1er novembre prochain à Saint-Malo, ils s’élanceront pour le plus célèbre des sprints océaniques en solitaire, la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Jamais le curseur n’aura été placé aussi haut dans chacune des six catégories. En quatre ans, marins, architectes et techniciens n’ont eu de cesse de repousser les limites en révolutionnant la course au large avec un seul but : aller toujours plus vite ! Ultim, Ocean Fifty, IMOCA, Class40, Vintage Multi et Vintage Mono : le « match dans le match » au sein des six familles de bateaux s’annonce passionnant avec de l’enjeu, du suspense et un niveau plus relevé que jamais ! De quoi renforcer un peu plus la motivation des skippers qui étaient tous réunis ce mardi après-midi au théâtre des Folies Bergère à Paris pour la présentation officielle de l’événement.
« J’ai vraiment hâte d’y être ! » À l’unisson des skippers engagés, Violette Dorange (Initiatives Cœur, IMOCA) ne cache pas son plaisir à l’idée de disputer la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. « Je n’ai jamais pris de départ avec autant de bateaux sur la ligne, ça s’annonce particulièrement intense ! ». Ce sprint océanique entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre a la capacité de transcender les marins, de rassembler les générations et d’offrir des souvenirs qui restent gravés. Francis Joyon (OCEANS, Vintage Multi), vainqueur en 2018, le dit à sa manière : « Ça a toujours été des expériences très fortes. Ce sont de grands moments de passion et d’aventure ».
Cette année, pour la 13e édition, 118 skippers seront sur la ligne de départ. La liste, désormais définitive, s’est étoffée ces derniers jours avec l’inscription de Guirec Soudée chez les Ultim et de Alexis Thomas en Class40. Chez l’ensemble des skippers, la pression monte et le temps est compté pour être fin prêt avant cet intense sprint océanique. Alors qu’ils entament la dernière ligne droite, les favoris sont légion, les outsiders en embuscade et nombreux sont ceux qui feront tout pour se mêler à la bagarre aux avant-postes.
À chaque catégorie sa concentration de talents et de suspense
Chez les Ultims, Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI) et Tom Laperche (SVR Lazartigue) se présentent en favoris alors que le tenant du titre, Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild) sera très attendu pour sa première course à bord de son bateau volant et révolutionnaire. En IMOCA, la confrontation s’annonce passionnante entre les bateaux qui ont fait leurs preuves (Charal de Jérémie Beyou, Macif de Sam Goodchild, 11th Hour Racing de Francesca Clapcich) et ceux qui viennent d’être mis à l’eau (Groupe Dubreuil de Sébastien Simon, Malizia 4 de Boris Herrmann).
Au sein des Ocean Fifty, les plus expérimentés, Erwan Le Roux (Plastic Odyssey Fifty) et Thibault Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton) notamment, devront batailler face à la nouvelle génération menée par Basile Bourgnon (Edenred), Pierre Quiroga (Wewise) ou encore Baptiste Hulin (Viabilis Oceans).
Du côté des Class40, ils sont plus d’une dizaine de skippers en capacité de bousculer les deux favoris, Guillaume Pirouelle (Sogestran Seafrigo) et Corentin Douguet (SNSM, Faites un don !). Les catégories Vintage Multi et Vintage Mono, qui contribuent à faire vivre l’héritage de la course au large, continuent de grandir. La confrontation entre les Orma, ces anciens trimarans, s’annonce passionnante : ils seront quatre sur la ligne de départ, dont Francis Joyon (OCEANS) et Damien Seguin (Arkéa – Handicap International). La performance de ces bateaux pourrait même leur permettre de rivaliser avec les Ocean Fifty.
Côté Vintage Mono, Jean Le Cam (Alegria) et Sidney Gavignet (Le Cigare Rouge) tenteront leur chance dans une classe qui compte également Tanguy Caradec (Eurvad) et Titouan Pillard (Use it again for youth). Tous symbolisent l’extrême diversité au sein du plateau où se côtoient des légendes de la course au large, des marins expérimentés, des amateurs chevronnés, des jeunes audacieux.
Ces femmes et ces hommes, rompus à la difficulté du large, s’apprêtent à traverser les tempêtes automnales pour vivre une grande épreuve. Ils quitteront l’effervescence de Saint-Malo, ressentiront les encouragements du public présent jusqu’au cap Fréhel avant de s’élancer vers le large. Il y aura des épreuves, des doutes, de l’introspection, mais aussi du dépassement de soi et une incroyable sensation de liberté. Des émotions en pagaille au fil de ce sprint océanique avec pour horizon l’accueil aussi chaleureux qu’inoubliable qui leur sera réservé en Guadeloupe.
Une nouvelle édition et de nombreuses innovations
La présentation officielle de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, ce mardi après-midi aux Folies Bergère, en présence de l’ensemble des marins, a également permis d’en savoir plus sur les nombreuses surprises au programme de cette nouvelle édition. La grande nouveauté cette saison, c’est la première édition du « Off du Rhum ». Lancée par la Ville de Saint-Malo, Saint-Malo Agglomération et la région Bretagne, en collaboration avec les organisateurs, cette initiative vise à prolonger la fête dans les quartiers de Saint-Malo et les communes de l’agglomération à travers des animations, rencontres, concerts et autres rendez-vous culturels.
En parallèle aura lieu le Festival Art Explora qui se tiendra à bord du premier bateau-musée en France. Ce concept propose une exposition inédite et ouverte à tous ainsi qu’un programme de spectacles, de danses, de concerts et de performances pendant toute la durée du village. Les plus jeunes ne sont pas oubliés : afin de les aider à suivre la course, un kit pédagogique est mis à disposition des enseignants. En s’appuyant sur le parcours de la course, il permet d’aborder les matières scolaires à travers l’aventure des skippers. De plus, pour la première fois dans la course au large, une cartographie enfant sera mise en place par l’organisateur. Une multitude d’initiatives qui permettront à un public large et intergénérationnel de vibrer pendant toute la durée de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe !
Julie Coutts, Directrice générale d’OC Sport Pen Duick :
« Ce qui fait le sel et l’ADN de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, ce sont les 118 skippers qui prendront le départ. En tant qu’organisateur, nous avons un rôle de metteur en scène et nous nous efforçons d’offrir la plus belle scène possible aux skippers. Nous avons à cœur de livrer une course de très haut niveau, mais aussi un événement à la fois populaire et accessible.
Pour les spectateurs, tout a été pensé afin que cette expérience soit une visite immersive complète qui ne se limite pas à arpenter les pontons. Ainsi, le Rhum Park réunira des animations, alors qu’Art Explora, le premier bateau-musée au monde, sera également ouvert au grand public. Enfin, avec la ville de Saint-Malo, nous lancerons le premier « Off du Rhum », qui permettra de proposer des animations durant les treize jours de village dans les quartiers et les rues de la ville ainsi que dans les communes de l’agglomération. »
PAROLES DE SKIPPERS
Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI, Ultim) : « La Route du Rhum – Destination Guadeloupe est un objectif majeur pour moi et pour toute l’équipe. Je n’ai jamais caché le lien fort que j’avais avec cette course : petit, je me rendais aux pontons avec mes parents, je suivais la course à la radio et j’ai toujours rêvé de la disputer un jour. Avec l’équipe Banque Populaire, nous préparons cette nouvelle édition en essayant de ne négliger aucun détail. C’est comme un sportif qui prépare les Jeux olympiques : ce sont des années de préparation pour être prêt le Jour J et répéter au mieux ce qu’on s’est évertué à préparer. On sait que chaque détail compte à l’approche de la course et qu’il faudra être d’attaque pour tout donner dès le top départ. »
Basile Bourgnon (Edenred, Ocean Fifty) : « La Route du Rhum – Destination Guadeloupe, c’est une course qui n’est anodine pour personne. Si je devais choisir la course de mes rêves, ce serait forcément celle-là. J’ai grandi avec, elle est ancrée dans mon histoire familiale… Il y a forcément une petite pression dans la préparation parce qu’on n’a pas envie de se rater. Et puis en Ocean Fifty, ça va être génial : la classe a rarement été aussi dense et à ce niveau. Il y a tellement de rebondissements possibles qu’on sait que rien ne sera joué jusqu’à l’arrivée ! »
Élodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner) : « Je suis très heureuse de disputer la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, c’est une des épreuves phares du circuit IMOCA, la seule qui réunisse de grands bateaux de course, sur la même ligne de départ. Du fait de son parcours libre et ouvert, elle n’est pas facile, avec beaucoup d’options et un rythme intense. Depuis la mise à l’eau de mon bateau en février 2025, tout est allé très vite. L’IMOCA, c’était mon objectif, mon rêve même. Et j’ai la chance de pouvoir m’élancer sur la Route du Rhum en solo, avec un super bateau. Progressivement, j’ai gagné en automatismes et j’ai l’impression d’être plus à l’aise à bord, j’ai réussi à le prendre en main. J’ai la conviction d’être là où j’espérais être. »
Alexis Loison (Groupe Réel) : « Il y a forcément de l’impatience et beaucoup d’excitation. Si la Class40 est la classe la plus représentée, le niveau est très élevé. Il y a à la fois la qualité et la quantité. Ça promet une belle bagarre sur l’eau, d’autant qu’il y a un nombre très conséquent d’outsiders ! Ce qui fait la magie de la Route du Rhum, c’est le nombre de skippers, de bateaux et d’histoires différentes. Il y a plusieurs catégories et chacun s’y retrouve : c’est un peu les Jeux Olympiques de la course au large ! »
Francis Joyon (OCEANS, VintageMulti) : « La Route du Rhum, ça a toujours été des expériences fortes et intenses. Ce sont de grands moments de passion et d’aventure, une course extrême aussi et c’est pour ça que j’y retourne. Je suis très heureux de constater que la Route du Rhum permet à la classe Orma de reprendre vie. Ce sont des bateaux extraordinaires, très puissants et très engagés. À titre personnel, je me réjouis à l’idée de retourner à bord d’un bateau que j’ai conçu et avec lequel j’ai connu tellement d’aventures. »
Tanguy Caradec (Eurvad, VintageMono) : « Il commence forcément à y avoir beaucoup d’impatience. Ça fait un an et demi que je me prépare et je comprends tous ceux qui disent qu’être au départ est une première victoire. Nous tous, on pense Rhum, on dort Rhum et on vit Rhum chaque jour depuis des mois ! Je sais qu’il y aura beaucoup d’émotion au moment de partir, que ce sera un très bel hommage pour mon père (Loïc, disparu à la Route du Rhum 1986). Mais pour l’instant, je ne pense pas beaucoup à la course, je suis surtout focalisé sur ma préparation. Je n’ai jamais traversé l’Atlantique, que ce soit en équipage ou en solitaire. Je l’aborde comme un concurrent normal avant de s’élancer dans une aventure avec l’envie simple d’aller de l’autre côté. »








