Professeure d’EPS et athlète de haut niveau, Catherine THOMAS-PESQUEUX a découvert la course à pied à quarante ans. Depuis, elle a remporté dix titres de championne de France Masters, un titre mondial sur 10 000 m et plusieurs records de France. Elle revient avec nous sur son parcours, son métier auprès des jeunes et ses engagements solidaires.
Bonjour Catherine, est-ce que vous pourriez nous présenter votre parcours dans l’athlétisme, ainsi que vos principales performances ?
« Eh bien, j’ai commencé la course à pied, il y a dix ans, à l’âge de quarante ans. Avant cela, j’ai débuté par la pratique du handball, puis par le tennis. J’ai accumulé plusieurs titres dans ma catégorie d’âge. J’ai remporté dix titres de championne de France dans ma catégorie d’âge qui vont du 3000 m au marathon. J’ai aussi un titre de championne du monde du 10000 m sur piste en 2015 et un titre de championne d’Europe. Depuis quelques années, j’essaye de raccourcir les distances et de faire un peu plus de vitesse. »
Vous avez aussi battu des records ?
« En effet, j’ai battu le record de France quand je suis rentré dans la catégorie master 3. Malheureusement, il n’avait pas été homologué, car il fallait avoir l’âge de sa catégorie. Il est possible de rentrer dans la catégorie un peu plus tôt que prévue, mais tant que la date d’anniversaire n’est pas validée, le record n’est pas homologué. Finalement, le record a été rebattu d’une seconde, mais au mois de septembre, en faisant exactement le même temps qu’une autre athlète. Donc, nous sommes deux à avoir le record avec le même chrono, qui est de 17’39. En octobre, j’ai fait les championnats d’Europe à Madère et j’ai du coup amélioré le record de France du 10 000 m. J’ai aussi manqué de vingt-huit centièmes le record du 1500 m. J’ai aussi battu le record sur 3000 m. »
Vous avez aussi réalisé de nombreuses belles performances. Laquelle vous rend la plus fière, aujourd’hui ?
« Je trouve surtout que se fixer des objectifs et la chose la plus incroyable. Toutes mes performances ont leurs histoires. Il n’y en a pas forcément une meilleure que les autres. Il y en a qui reviennent après une blessure, d’autres après le COVID. Chaque performance à son histoire, et je trouve qu’il n’y en a pas forcément une qui se dégage plus que l’autre. Cela permet aussi de se donner des objectifs. Battre des records, cela rend toujours très fier, mais les plus belles victoires, c’est de pouvoir continuer à s’entraîner, à partager sa passion et aussi à transmettre aux autres. Et puis, les records seront toujours battus à un moment ou à un autre. »
Avez-vous encore des objectifs sportifs à atteindre ?
« Les catégories d’âge changent tous les cinq ans. Actuellement, je suis au milieu de ma catégorie Master 3. Dans les autres disciplines ou épreuves, c’est trop difficile et je ne pense pas avoir le niveau, même si je peux quand même essayer de gagner quelques secondes sur le 1500 m. Ce que j’attends, c’est de changer de catégorie et quand je passerai en master 4, j’irais chercher ce que je pense pouvoir aller chercher. »
Vous êtes en même temps professeure d’EPS. Comment arrivez-vous à concilier à la fois votre travail d’enseignante et vos compétitions sportives ?
« J’arrive très bien à gérer à la fois mon métier et le sport que je fais, il n’y a pas de souci sur ce point-là. J’ai le temps de faire mes cours d’enseignement, mais aussi de m’entraîner. Et puis, cela fait trente ans que j’enseigne, donc, je connais la routine de mes cours et j’ai cette chance de savoir m’organiser. »
Votre expérience d’athlète influence-t-elle votre manière d’encadrer les élèves ?
« Pas spécialement. Par contre, le regard des élèves change un peu sur moi, surtout quand ils ont commencé à voir que je courais et que j’avais de bons résultats. Ma façon d’enseigner à forcément changer avec le temps, car le rapport à l’effort n’est plus pareil. »
Quel est votre avis sur la pratique sportive chez les jeunes ?
« Le besoin des jeunes de se défouler, de s’entraîner, de performer, reste le même et c’est à nous d’aller les chercher, car ils ont un peu le reflet de cette société, où l’on bouge un peu moins. Quand on met les jeunes en mouvement, le sport à la faculté d’amener le plaisir quand on s’y intéresse. Quand on essaye et quand on se rend compte que l’on progresse, on s’investit beaucoup plus. »
À l’inverse est ce que le fait d’encadrer des élèves vous influence dans votre manière de performer ?
« Quand je cours ou quand je m’entraîne, je ne suis jamais vraiment seule, que ce soit avec mes amis, les associations pour lesquelles je m’engage ou bien dans ma profession avec mes élèves, ils me poussent toujours vers le haut. »
Cette année, votre section sportive de football a fait une très belle performance. Comment avez-vous vécu cette aventure et qu’est-ce que cela représente pour les élèves et l’établissement ?
« Oui, cette année, nous avions un groupe de jeunes filles qui sont allées au championnat de France de football. C’était une superbe aventure humaine, car nous n’étions pas forcément les favorites. Nous étions déjà allés au championnat de France, l’année dernière et nous avions juste l’ambition de faire mieux. Et finalement, nous sommes vice-championne de France. C’est vraiment positif quand parfois, on dresse un portrait négatif des jeunes qui ne s’investissent pas, je ne suis pas du tout d’accord et cette performance montre qu’il y a toujours cette persévérance et cette envie. »
Vous êtes au club d’Inaya Athlétisme, quelle est la particularité de ce club et qu’est-ce qui vous a donné envie de le rejoindre ?
« C’est un club associatif et dès qu’un athlète du club gagne une course sur une compétition, nous récoltons de l’argent de la part de nos partenaires qui est reversé à l’association venant en aide aux enfants handicapés. Il y a des mécènes qui se sont engagés pour soutenir le club et verser de l’argent pour les enfants qui sont amputés des membres inférieurs. Le mot « Inaya » vient du prénom d’une enfant qui a été amputée des deux jambes et pour pouvoir courir, il lui fallait des lames de carbone. Il faut savoir que lorsque l’on gagne une course, il y a 50 € qui sont versés à une association qui s’appelle « Lames de joie ». C’est une association qui prête des lames de carbone aux enfants pour leur permettre de pratiquer leur sport, sachant que chaque lame de carbone coûte 2500 €. J’ai vraiment trouvé ce projet incroyable. Le fait de me dire que si je courais et qu’en gagnant des courses, je pouvais aussi faire gagner de l’argent pour l’association, c’était génial. »
Pour finir, avez-vous d’autres projets comme celui-ci, que vous soutenez ?
« Oui, j’ai notamment rencontré, il y a deux ans, une fille et son papa. Elle s’appelle Romane et elle a vingt-cinq ans. Elle a un handicap assez lourd et son papa fait des triathlons avec elle. Je participe assez souvent avec elle à des courses et je trouve cela aussi incroyable que d’avoir des titres ou des records. J’ai autant d’émotion à faire cela que de gagner une course. L’année dernière, j’ai couru avec elle à la Grammoirienne et c’était génial. Ils ont une association avec son Papa et le but est aussi de fournir des fauteuils qui coûtent très cher. A travers ces fauteuils, appelé joëlette, on court avec les enfants en situation de handicap. Cela permet de courir avec eux ou encore de se promener en forêt. C’est aussi pour ce genre de choses que je reste passionné, car effectivement, c’est une aventure personnelle d’aller chercher des records et d’aider ces personnes en situation de handicap. C’est certain que c’est très motivant, mais il y a aussi et surtout toutes ces aventures humaines et ses rencontres géniales. »








